Sløtface (prononcez "Slutface") a sorti deux Eps cette année : Sponge State puis Empire Records. Si les deux disques sont identiques quant à leurs structures (4 titres chacun), le dernier en date montre déjà les traces d'une évolution dans la production du groupe.

Sponge State porte bien mal son nom. En effet, ces quatre morceaux survitaminés à la sauce pop / punk feraient bouger n’importe quel zombie, qu’il soit tenu ou non en laisse par Michonne, tellement ces quatre jeunes gens sont décidés à nous faire bouger.

Haley Shea paraît bien jeune et pourtant sa voix porte bien haut ses opinions. Accompagnée de Lasse Lokøy à la basse, de Halvard Skeie Wiencke à la batterie et de Tor-Arne Vikingstad à la guitare, la chanteuse va, tout au long de cet EP, dresser des constats et exprimer ses indignations.

Les quatre pistes sont issues de deux séances d’enregistrement bien distinctes. "Get My Own" et "Shave My Head" sont nées de la première d’entre elles. Ces deux titres mettent en exergue le féminisme affiché de Haley Shea. "Get My Own" dénonce les problèmes rencontrés par les femmes d’aujourd’hui. A l'aide de cette batterie qui martèle sans discontinuer, le morceau est très, très énergique et son propos n'en prend que plus d'ampleur.

"Shave My Head", qui conclut l’EP, est considéré par le groupe comme leur meilleur morceau sur cette galette (pendant l’enregistrement de ce morceau, le groupe a littéralement détruit une guitare à force de sauter dessus pour augmenter le feedback. Ils en veulent, je vous dis !). Sa fin tout en cris, hurlements et larsens y est pour beaucoup. Sur ce titre, Haley Shea pointe une fois encore du doigt les codes stricts contre lesquels les femmes se cassent le nez. On leur dicte encore trop souvent leur conduite. Ces quelques mots "I’ll never shave my head for you" scandés et répétés par la chanteuse accentuent le message : une femme doit être ce qu’elle veut, elle ne doit pas changer sous le poids des pressions sociales, maritales, professionnelles qui l’entourent. Les guitares saturées sont acérées comme le message de la chanteuse (repris ici en choeur par plusieurs voix féminines).

"Kill’Em With Kindness" et "Sponge State" sont les deux autres chansons présentes sur cette première production de Sløtface. Elles sont le fruit de leur deuxième session d’enregistrement menée par leur producteur Dan Austin au sein des studios Ocean Sounds Recordings. Imaginez le tableau : un studio d’enregistrement donnant sur la mer, sur la côte ouest de la Norvège. Allez jeter un œil sur leur site internet, c’est assez spectaculaire comme décor... Le groupe y a également produit quelques titres inédits, peut-être en vue d’un futur LP ?

"Kill’Em With Kindness" est un de leurs titres les plus anciens ré-enregistré pour l’occasion. Ce morceau qui semble épouser un léger rythme ska parle de la presse et des médias en général qui s'acharnent bien souvent sur les artistes et leurs travers. Plus la fin d'un artiste est sordide et plus ça vend. Enfin, ''Sponge State'' ferme la marche. Le morceau, encore une fois très engagé et très énergique avec ses guitares rageuses, critique notre société et les réseaux sociaux. Tout le monde voudrait pouvoir changer le monde mais sans s'engager. Il parle de la nécessité de l'engagement et de la dérive de nos comportements : comment changer quoique ce soit de concret en demeurant devant notre écran d'ordinateur ? Le groupe a d'ailleurs voulu illustrer cette nécessité d'engagement en choisissant de tourner le clip de ''Sponge State'' en compagnie de militants de Save the Fjords lors d'une de leurs manifestations.

En cette fin d'année 2016, Sløtface (pour l’anecdote, le groupe se nommait Slutface au départ mais il a dû changer le "U" en "Ø" pour contourner la censure des réseaux sociaux) revient avec une nouvelle production : Empire Records.

Ce nouvel EP 4 titres s'ouvre sur "Bright Lights" qui marque une évolution dans la production du quatuor. La rage est toujours bien présente, sous jacente, mais Haley Shea semble avoir dompté sa voix en lui apportant la douceur et l'émotion qui, peut être, manquait un peu sur Sponge State.

"Bright Lights" est probablement le meilleur titre d'Empire Records. Le morceau est extrêmement efficace et diablement addictif. La mélodie et la voix de la chanteuse gravent leurs empreintes instantanément. "Empire Records" et "Take Me Dancing" épousent davantage les rythmes et la construction des titres du précédent EP, toujours avec cette énergie et ce petit côté "rock U.S. pour teenagers" caractérisé par un jeu de batterie effréné et un jeu de guitares survolté auxquels se greffe une basse volatile et créative.

Cette atmosphère adolescente est renforcée par le fait que "Empire Records" est également un titre emprunté à un Teen Movie de 1995 réalisé par Allan Moyle (Liv Tyler et Renée Zellweger y sont notamment à l'affiche). De plus, le nom du groupe pour lequel Haley Shea propose ses services en tant que bassiste dans les paroles (Sonic Death Monkeys) apparaît dans un autre classique du genre : High Fidelity.

L'évolution par rapport au premier EP est bien présente cependant. On sent l'envie de se rapprocher des figures du rock des années 1990 (les Pixies en tête mais on peut aussi, parfois, penser au Garbage de 1995). Le disque se termine par "Fever Art" un titre plus calme dans la même veine que "Bright Lights". Haley Shea pose sa voix, joue avec et cela lui va très bien. On espère donc bientôt un LP pour les Sløtface qui ont su prouver sur Empire Records qu'ils ont encore beaucoup de choses intéressantes à nous proposer.