Aride, sombre, et dur. C’est curieusement de Badalamenti, et de ses bandes sons hantées et presques concrètes pour les films de David Lynch, que se rapproche le plus ce nouvel album de l’électronicien Ritchie Hawtin qui sévit sous le pseudonyme de Plastikman depuis 1993. Plastikman s’est en effet ici radicalement éloigné de l’acid techno de ses débuts pour une musique minimaliste sans concession qui lorgne vers un nombrilisme d’automutilation de l’ego.
Closer, un titre avec peu de rapport avec Joy Division si ce n’est une attraction du vide peu adaptée à l’euphorie des fins de soirées, mais qui véhicule explicitement cette idée de se rapprocher toujours plus près du propos de Plastikman : finis les concessions et les habillages qui mettent la main aux fesses, la musique se met à nue au service d’une description le plus fidèlement du vide angoissant quasi-pathologique qui semble habiter le cerveau de Ritchie Hawtin.
Comme dans la plupart des musiques électroniques qui nous plaisent le plus, c’est dans les défauts et les syncopes que se cachent l’intérêt et l’innovation sonore. La dualité répétition et contraste poussée à l’extrême au service d’une dilatation du temps envahissante. L’aridité du disque vient de ce parti pris ne pas porter les efforts sur la recherche de nouveaux sons ou de lignes mélodiques, le génie d’Autechre remplissant déjà cette niche, mais dans un minimaliste acharnée.
De ce carcan aussi nauséeux qu’un film de Hanneke s’échappe parfois quelques sentences définitives en spoken word déformées qui ne sont pas là pour humaniser la facture électronique extrêmiste des morceaux. Et si parfois le beat s’accélère, c’est toujours pour véhiculer ce poids claustrophobique et paranoïaque qui vous poursuit inlassablement dans une incarnation erratique et morbide, sans éclat ni artifice mais incarnée par une présence lourde et poisseuse.
Les titres s’enchainent en distillant avec des variations sonores relatives un univers refermé sur lui même qui cotoient certaines terres brûlées de la musique industrielle des années quatre vingt, l’aridité sonore en plus. Le malaise s’installe et ne disparaît définitivement que quelques minutes après la fin du disque quand l’espace reprend enfin sa forme initiale et réconfortante. Et curieusement, voire un peu masochistement, on en redemande (après une pause de santé publique), cette musique éminemment cinématographique recelant d’autres histoires à nous raconter qui, si elles ne finissent pas tragiquement, ont le point commun de ne jamais bien finir, c’est à dire de finir tout court.
Ce closer est un disque personnel et osé, assez hermétique, monomaniaque et furieusement glauque, au final plutôt intéressant, qui tend à démontrer qu’à trop s’approcher des circonvolutions du patient Plastikman, on n’en ressort pas indemne.
A déconseiller aux dépressifs chroniques.
