Pourquoi Tokyo ? Oui c’est vrai ça, pourquoi pas après tout, Amélie Nothomb n’a pas le monopole du Japon, que diable. Agathe Parmentier ne savait plus pourquoi Paris donc elle s’est dit pourquoi pas Tokyo ? Elle nous propose donc un récit de voyage, dixit la couverture, de son expérience tokyoïte du dimanche 1er juin 2014 au mardi 10 février 2015. A vrai dire, ce n’est pas du tout un récit de voyage mais plutôt une version Japonaise de Martine : Agatsu (en français : Lune de Pacotille) au Love Hotel, Agatsu & Tinder, Agatsu dans un hôtel capsule, Agatsu mange, Agatsu se marie presque, Agatsu dort…
Il faut dire que ce n’est pas vraiment un livre, mais une simple compilation d’articles et de notes de blog, et c’est bien là le problème, il n’y a pas de récit, de trame narrative, il n’y a pas d’histoire, il n’y a pas de personnage (réel ou imaginaire). Il y a Agatsu qui raconte les choses qu’elle fait, se refusant de livrer des choses trop personnelles, donc il est question de ce qu’elle mange, de comment elle vit, comment elle s'ennuie, comment elle dort. Elle ne rencontre personne ou presque, parce qu’elle erre et que ça lui suffit, observer, expérimenter seule (sauf dans un love hôtel évidemment) et en parler. Mais ce n’est pas sa faute les japonais n’aime pas vraiment les Gaijin (les étrangers). Indépendamment chaque chapitre n’est pas déplaisant à lire, c’est bien écrit souvent amusant, mais mis bout à bout ça ne fait pas un livre, juste un recueil de notes de blog.
D’autant plus que dans l’ensemble tout cela reste assez superficiel, citer Chris Marker page cent cinquante n’y change rien, d’autant que l’autre grande référence du livre est Wikipédia. Agathe Parmentier fleurte toujours avec les clichés et les idées reçues sur le Japon, nous expliquant d’abord que ces clichés ne sont pas totalement vrais mais prendra deux pages pour nous prouver le contraire. Délivrant des jugements parfois à l’emporte-pièce, elle nous apprendra ainsi que "le japonais est peureux" mais elle ne sait plus trop pourquoi parce qu’elle a bu trop de saké avec son ami Francesc, restant sur la surface des choses, le ressenti, son ressenti. C’est bien la limite de ce type d’ouvrage, c’est un témoignage subjectif par quelqu’un qui certes a une jolie plume, mais évidemment c’est sa vision, sa vie, racontée sans trop de fard, mais avec tellement de pudeur qu’il ne raconte plus rien et avec son caractère c’est-à-dire aimant plutôt la solitude, cherchant à s’intégrer modérément, parce que se sentant à sa place nulle part, ayant des soucis avec la langue, aimant passer du temps au McDonald’s regarder les SDF, aimant la kawaii mais s’en défendant, elle essaie pourtant parfois, mais comme elle dit : "Le fait est que j'ai l'illusion de faire illusion et que, l'espace d'un instant, je pense mériter mon jōzu" (d’après le lexique à la fin du livre : adjectif signifiant doué).
Evidemment, vous apprendrez tout de même deux trois choses sur le Japon, ses codes, la plume est alerte, certains chapitres sont amusants même si on retrouve une écriture plus proche des blogs donc du parlé / écrit que d’un vrai récit de voyage. Pourquoi Tokyo ? Franchement,comme la narratrice on se le demande.
