Comédie-ballet de Molière, mise en scène par Alain Zaepffel, avec les élèves de 3ème année du CNSAD et les élèves du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris.

Dans le cadre des ateliers de 3ème année du CNSAD, Alain Zaepffel, directeur du département voix, s'émancipe tant de la tendance récente qui privilégie le travail sur des montages de textes, des transpositions d'oeuvres littéraires voire des bribes de répliques de scènes du répertoire, que du principe de l'interchangeabilité des comédiens.

En effet, avec la collaboration du professeur de danse Caroline Marcadé, il met en scène un classique emblématique, "Le Malade imaginaire" de Molière, dans sa version originale de la comédie-ballet avec intermèdes et musique de Marc-Antoine Charpentier, dans son contexte temporel, donc en costumes, et dans lequel chaque rôle est dispensé par un seul comédien.

Cela permet, en outre, de réunir les élèves du Conservatoire National Supérieur d'art dramatique et ceux du Conservatoire National Supérieur de musique et de danse de Paris et ainsi chanteurs, danseurs et musiciens accompagnent les comédiens pour dispenser un spectacle, au demeurant dépourvu de décor et amputé du personnage de la petite Lousion, qui, toutefois, ne vise pas à la reconstitution servile ce qui enchante le public même si d'aucuns la qualifieront, critique suprême, de spectacle de "matinées scolaires".

Par ailleurs, Alain Zaepffel ne propose pas sa "vision" de la pièce et n'en revisite ni le genre ni le registre, qui sont ceux du divertissement et de la commedia dell'arte, en conservant l'esthétique de la comédie-ballet qui désamorce le fond au demeurant grave du propos.

Ainsi, il impulse à cette formidable machine à jouer pour les comédiens, avec ses personnages qui sont souvent eux-mêmes en situation de jeu et de déguisement, le rythme soutenu qui lui sied et va crescendo jusqu'à l'intronisation du malade dans l'ordre des médecins qui clôt la pièce et réunit toute la troupe dans un final endiablé.

Tous les officiants remplissent le cahier des charges et, côté théâtre, mention spéciale à Emmanuel Besnault et Antoine Prud'homme de la Boussinière, jouant du contraste physique et vocal, sont désopilants en Diafoirus père et fils, Candice Bouchet prend à bars le corps le rôle de Toinette, la servante qui tire les ficelles de la farce, et Geoffrey Rouge-Carrassat époustouflant dans l'intermède de Polichinelle.

De même pour Camille Plocki est excellente dans le rôle de la jeune fille qui forme avec Yannick Morzelle un beau duo dans la scène du maître de chant, ce dernier apportant au personnage de l'amant souvent campé comme un bellâtre, une bienvenue couleur comique.