L'écume aux lèvres
Johnny Utah, jeune agent du F.B.I, est envoyé à L.A pour enquêter sur une affaire de hold-up perpétrés par une bande hyper organisée et qui opèrent avec des masques d'anciens présidents des USA.
Il fait équipe avec un vétéran, Pappas, qui a une petite idée sur l'identité des malfrats. D'après lui, ceux-ci appartiendraient au monde très fermé des surfers. Utah va devoir infiltrer ce microcosme et tenter de les démasquer.
Depuis son premier film, "Near dark", Kathryn Bigelow a su créer une ambiance ou des images savamment composées, suinte une violence de cinéma rappelant les plus folles envolées lyrico-masochiste de Peckinpah ou Walter Hill. "Point Break" marquera chez elle la parfaite maîtrise de ce style qu'elle est parvenue à épurer.
Moins d'effets visuels pour l'effet ou d'artifices qui tendraient à dénaturer le propos. La caméra est beaucoup plus fluide et pénètre beaucoup plus avant dans l'âme des personnages, le style est plus ample et le sens du tempo plus affirmé obtenu grâce à un montage parfait qui contribue à la montée d'adrénaline chez le spectateur.
Comme dans son film précédent, "Blue Steel", on retrouve la construction en crescendo qui culmine avant la fin du film créant ainsi un mini troisième acte, jubilatoire pour le spectateur. On ressort donc avec l'impression d'avoir vu 4 heures de film compressées en 2, tellement l'action est dense.
Patrick Swayze, qui sortait de "Ghost", trouvait là un rôle d'action hero sophistiqué et consistant, véritable gourou méditatif post-Woodstock, paumé dans la jungle des années 90, qui tente de se forger un idéal et de cadrer sa philosophie avec l'esprit du chacun pour soi. Face à lui, Keanu Reeves, est parfait en écervelé casse-cou, naïf et tendre que le danger excite et qui va, tel un Icare moderne, se brûler les ailes. Signalons également la présence de Lori Petty, actrice fondue de la tête, très peu vue depuis car relativement indomptable. Elle défend ici un personnage qui, loin d'être un faire-valoir de ses camarades masculins, est un véritable atout pour le film et un réel pivot de l'intrigue.
Kathryn Bigelow avec ce polar moderne entrait alors de plain pied dans le cinéma d'action qui assume la violence sans aucune frilosité et affirmait son propre style simple, efficace et franc perpétuant la tradition initiée par ses aînés, grands rêveurs utopistes qui croyaient, comme elle, au souffle du vent et à la morsure vive de l'eau froide.
