Big Grams, c’est la rencontre entre le rappeur Big Boi (OutKast) et le duo new yorkais de Phantogram. Le premier cherche depuis des années à recréer une dynamique de duo prolifique et originale pouvant rivaliser avec la carrière qu’il partageait avec Andre3000. Et depuis son avant-dernier opus solo Sir Lucious Left Foot : The Son of Chico Dusty (2010), de nombreux indices laissaient entendre que Big Boi explorait de nouveaux territoires soniques en invitant George Clinton, Janelle Monáe, ou encore Yelawolf. Puis en 2012, le virage était encore plus serré, puisque deux groupes faisant lourdement appel à l’électronique, se retrouvaient fortement impliqués dans l’opus Vicious Lies and Dangerous Rumours. L’un d’entre eux et bien évidemment le duo Phantogram qui peine de leur côté à renouer avec le succès critique qui fut le leur en 2010 avec l’album Eyelid Moves.

Si la rencontre devient alors presque logique, l’émergence d’un opus entièrement constitué des collaborations de ces trois artistes peut, à juste titre, provoquer la levée de quelques sourcils.

Big Grams, c’est 7 titres dont 5 produits par Sarah Barthel et Josh Carter (les pôles masculin et féminin de Phantogram) et qui prennent un malin plaisir à enfin s’essayer à faire du hip-hop. Car secret de polichinelle ou non, le duo a toujours voulu verser dans le rap, comme le prouve la teneur d’une majorité de leurs productions. Du coup, l’intersession de Big Boi s’apparente presque à une véritable intronisation en bonne et due forme.

Hélas, si la formule alchimique prend, la rencontre des deux univers se fait difficilement et une majeure partie des productions laissent aux oreilles une étrange sensation. Ainsi, "Run For Your Life" donne l’impression d’une collaboration rapidement produite, rappelant la période post 2000 accouplant au petit bonheur la chance rappeur et chanteur sur des hits à la production cheap.

En revanche, c’est quand le duo abandonne la production à d’autres, comme à Skrillex sur "Drum Machine" que Big Grams devient un véritable groupe : que ce soit le flow rapide et vicieux de Big Boi ou le staccato lascif de Barthel, les deux participants subissent les obligeances d’un instrumental les forçant à s’adapter. Comprendre qu’avec 5 productions signées Phantogram, Big Grams s’apparente en réalité à un opus du duo sur lequel Big Boi serait un participant récurrent. Du coup, ça manque d’inspiration et de réelle surprise. Peut-être faudra-t-il attendre que le trio marque de véritables repères avant d’assister à un opus réellement grandiose et procédant d’une véritable rencontre artistique éclairée.