Si la ville d’origine, Londres, de ce nouveau groupe n’est pas très atypique, la démarche musicale l’est beaucoup plus. Oh Wonder s’est en effet astreint à une discipline stricte en publiant chaque mois sur le net, via Soundcloud, un nouveau morceau. Exercice singulier, rarement réalisé (les plus anciens se souviendront des douze 45t de The Wedding Present en 1992) mais totalement dans l’air du temps. Le projet n’a que quelques mois d’existence mais à l’évidence, la stratégie fonctionne puisque le nombre d’écoutes est plus que significatif et que l’attention des médias s’en est trouvée attirée, à tel point que la tournée européenne prévue pour promouvoir l’album affiche déjà des dates sold out.

Si le groupe a trouvé une bonne façon de se faire remarquer, reste maintenant le plus important : que vaut cet album qui rassemble donc des titres déjà connus pour la plupart ? Que doivent défendre Anthony West et Josephine Vander Gucht, seuls membres du groupe, tous deux multi-instrumentistes, à travers ces chansons écrites à quatre mains et produites dans leur home studio londonien ?

Musicalement, on est sur des terrains proches de London Grammar, Beach House ou The XX, sans l’esprit aventureux et défricheur de ces derniers. Car le duo fait transparaître tout au long des morceaux sa formation musicale classique. Anthony et Josephine mettent en avant des compositions solides et structurées. Les rythmiques sont simples, souvent minimales, mais soutenues par l’harmonie des lignes de piano, des nappes synthétiques ou des cordes. Des chansons sobres, à l’image de l’esthétique du visuel du groupe et de la pochette. Mais ce qui tranche, le point fort d’Oh Wonder, c’est le chant, les deux voix de Josephine et d’Anthony qui se superposent et se mélangent donnant ainsi du relief et de la profondeur aux morceaux.

Revers de la sagesse et du classicisme des compositions, on peut regretter une trop grande uniformité et linéarité des morceaux dont se détachent toutefois le minimal "All we do" ou les plus luxuriants "Drive" ou "Lose it". Malgré cette réserve mineure, l’album reste quand même une réussite. Une certitude, le duo devra se révéler plus aventureux, moins inoffensif pour marquer les esprits et continuer à exister.