Film de Zhang Yimou, avec Jet Li, Tony Leung Chiu-wai, Maggie Cheung Man-yuk, Zhang Ziyi, et Donnie Yen

En Europe, depuis "Tigre et Dragon" de Ang Lee, le wu xia pian - entendez le film de sabre, genre fondateur du cinéma d'arts martiaux hongkongais et émanation directe de l'univers spirituel de la Chine - a acquis ses lettres de noblesse et s'est érigé en genre cinématographique. Avec "Hero", Zhang Yimou sublime le genre en l'entraînant vers les cîmes de l'esthétisme et de l'abstraction avec un magnifique chef opérateur Christopher Doyle (rappelez-vous "In the mood for love")

Hero, qui réunit cinq des plus grands talents de la Chine, Jet Li, Tony Leung, Maggie Cheung, Zhang Ziyi et Donnie Yen, nous transporte au troisième siècle avant Jésus-Christ dans la Chine divisée en sept royaumes où celui de Qin va imposer sa force pour tenter une unification sanglante. Sans Nom, un bretteur anonyme parvient à approcher le roi à dix pas, récompense pour avoir éliminé trois guerriers légendaires Lame Brisée, Flocon de Neige et Ciel Étoilé et raconte le récit de ses exploits.

Mais cette époque dominée par les luttes de pouvoir fut également la "Période des Cent Écoles " qui connût un fort épanouissement culturel. Ainsi, le film ne s'arrête pas à la simple narration des combats légendaires puisqu'il les replace dans un environnement socio-culturel et ils sont menés par de fins lettrés, d'où la présence prégnante de la calligraphie, le verbe étant une des voies d'acquisition de la sagesse mais aussi un moyen de lutte et d'opposition.

Au milieu de paysages épurés, réduits à leur expression intrinsèque, les combats sont simultanément des morceaux de bravoure et de magnifiques danses mortuaires à la chorégraphie surnaturelle dans lesquels tranparaît le mental des personnages, tels la danse dans les tourbillons de feuilles ou en lévitation au dessus du lac.

Toutefois derrière cet esthétisme absolu se cachent tous les codes de la culture chinoise : les couleurs qui scandent les différents actes du récit ou l'opposition (le bleu de la sérénité dans la bibliothèque, le blanc du duel mortel des amants), la syymétrie avec l’opposition entre la ligne (les blocs géométriques du palais, les flèches) et la courbe (l'écriture, les arabesques des bretteurs)...

Chaque plan, qu’il soit monumental ou intimiste, contemplatif ou de combat, d'une froideur d'acier comme les armes ennemies ou d'un érotisme poignant dans l'école de calligraphie, recèle un chef d’œuvre de beauté et illustre une quête spirituelle qui doit conduire à la sagesse et à la paix.

"Le coeur est plus important que l'épée."