Les Editions Philippe Rey entament la publication en France des enquêtes du commissaire Bordelli avec le premier tome sobrement intitulé "Le commissaire Bordelli" par lequel, en 2002, le journaliste et écrivain italien Marco Vichi a intégré le cercle des auteurs de "polar spaghetti".
D'une part, il s'inscrit dans la veine classique des gialli transalpins dont les fondamentaux sont l'implantation locale, l'ancrage dans une décennie historique, la forme du roman d'enquête et un enquêteur singulier voire borderline.
D'autre part, Marco Vichi indique que son but était de faire vivre les histoires que lui racontait son père qui avait combattu lors de la Seconde Guerre mondiale.
Marco Vichi étant né à Florence en 1957, cela donne un roman policier situé à Florence dans les années 1960 dont le personnage principal est un commissaire cinquantenaire qui a fait la guerre.
Menant une vie solitaire, il est poursuivi par deux obsessions : la guerre et la quête de l'amour absolu. Pour lui, point de résilience, l'ombre et les fantômes de la guerre ne font pas partie d'un passé remisé ("Il lui semblait qu'hier encore il tirait sur les nazis. Les voix et les rires de ses camarades défunts retentissaient toujours dans ses oreilles") et il ne peut partager l'enthousiasme futile à la mémoire courte de ceux qui s'engouffrent dans la manne de la nouvelle prospérité économique ("je déteste ce pays ivre de rêves qui croit en la Fiat 1100").
Par ailleurs, son rêve de la femme idéale tout en sachant qu'il s'était "bêtement consumé dans cette illusion", espoir que les années avaient érodé ("Désormais, si son rêve persistait, ses espoirs s'étaient évaporés").
Le meurtre, arbre qui ne cache pas la forêt, ne constitue qu'une simple trame. Ainsi, l'intrigue-prétexte est-elle dépourvue tant de complexité que de suspense - l'assassinat d'une femme riche sans descendance directe - comme évident est le mobile, la seule surprise résidant dans l'astucieux mode opératoire, et l'enquête, qui ne connaît ni vicissitudes ni rebondissements, se déroule à un train de sénateur pour mener certes à un prévisible dénouement mais surtout au point d'orgue de l'opus que constitue un dîner entre hommes esseulés, chacun y allant de sa petite histoire.
A l'écriture fluide, un roman classique d'atmosphère à la Simenon, ce qui explique son adoubement de son auteur par l'un des "giallisti" tutélaires qu'est André Camilleri, caractérisé par son immersion dans une ville et une réalité sociale avec pour guide un anti-héros trop humain pour ne pas être attachant.
