Après l'épreuve du feu de la première chronique, vient la difficulté de la deuxième. Je me suis toujours dit que si j'étais chroniqueur, je ne parlerais que des albums que j'aime. Maintenant que je suis chroniqueur (!), je me rends compte que ce n'est pas si simple. D'une part, il y en a bien un ou deux que je dézinguerai volontiers juste pour le plaisir et d'autre part, la production est aujourd'hui tellement importante qu'il est difficile de s'y retrouver. On passe du temps à chercher une aiguille dans une botte de foin. J'avance donc au hasard, les yeux bandés.
Alors pourquoi vous parler d'Adrian Crowley ? Parce que j'aime bien ce nom. En fait, j'aurai bien aimé m'appeler Adrian Crowley, ça sonne bien. En plus, il est irlandais et j'adore la Guinness. Bref, avant même la première écoute de cet album, je sens un lien particulier entre lui et moi, un lien mystique.
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Mystique donc.
Premier contact : les cordes, puis cette voix. Si on pouvait récupérer la voix de quelqu'un en le tuant, je serai un meurtrier à l'heure qu'il est. Puis viennent la batterie, les guitares et divers sons et instruments tout droit sortis d'un paysage brumeux.
On va évacuer la séquence name dropping, histoire de mettre le fauve en case : on est quelque part entre Leonard Cohen et Bill Callahan. Plus proche de Callahan que de Cohen et parfois mâtiné de Damien Rice. Ça place la barre assez haut, mais ça me semble juste. D'autant plus juste qu'on est en train de parler du septième album d'un gars qui continue de passer presque inaperçu malgré la qualité de son travail. Ça donne envie d'asséner quelques superlatifs bien sentis, pour vous faire comprendre combien il serait dommage de passer à côté d'Adrian Crowley pour la septième fois. Mais ce n'est pas à l'image de sa musique : folk, bien sûr, mais pop aussi, délicate, tendre, rêveuse, sombre, lumineuse.
Des mélodies sensibles portées par des arrangements riches et élégants, de la rupture, de la puissance, de la poésie, des histoires, tout est là. Il faut juste se laisser couler dans la musique sans essayer de résister.
[] Stop
Mon seul espoir après ce disque, c'est que l'hiver dure encore un peu pour que je puisse me réchauffer l'âme et lire la vie à la lueur tremblante de ces chansons. Devoir subir le tube de l'été alors que je viens seulement de découvrir Some blue morning serait une terrible injustice.
