Brrrr… ça pique. Une barbe en abeille, ça pique non ? Je sais bien qu’il ne faut pas les embêter les petites, surtout qu’elles finissent par être bien peu pour témoigner de l’abondance de pesticides… Elles disparaissent les mignonnes. Protégeons-les. Ah non, ne comptez pas sur moi pour porter la Barbe-Abeille de Dimoné sur Bien hommé mal femmé.
Je me demande toujours comment les artistes choisissent le visuel de leur album. Dimoné a choisi les abeilles pour extérioriser son âme écolo ou parce qu’il aime le miel ? Je préfère la seconde solution : c’est un ours. Et comme tout ours qui le vaut bien, il est doux et poète à l’intérieur.
Un ours qui "survit à la mélancolie avec une algue verte en écharpe" et fait du surf dans les rues de Venise ("Venise"), un homme libre qui "t’aime d’une main" et qui se "fiche enfin de ce à quoi tu penses", un amoureux qui se réchauffe à la chaleur de baisers ("Les triples axel"), un rêveur "ondulant sur le tic-tac du temps" ("Les idées brunes"), un triste à la larme fraîche "on est pareil dedans" ("Les buissons serrés").
Sur un fond de guitares timorées mais pas mijaurées, Dimoné dompte les accords et les transforme en rythmes amoureux. D’une sonnerie de tram (ou d’ascenseur) entourloupée d’électronique, d’un va-et-vient synthétique fricassé aux petits wood block, d’un air folklorique en préliminaires de cymbales sur clochettes… tout est agencé autour des cordes sonnant la suite, le rythme, le début, la fin.
Accompagnant chaque morceau de sa voix au timbre clair et grave, mais pas trop, il n’est pas le méchant de l’histoire non plus. Sur des mélodies pop, mi-cordes, mi-électroniques, Dimoné chante principalement ses amours, ses souvenirs en sueur, ses rêves (érotiques ?), ses doutes, ses absences et ses ruptures.
Oui, enfin, plutôt non, rien d’exceptionnel, ils sont si nombreux à nous raconter leurs misères intimes. Oui, mais pas comme ça, pas avec une barbe-abeille, pas avec l’espoir qui pointe son nez derrière, pas avec les solutions pour relever la tête (allez à Venise, ça aide), sans misérabilisme ni déprime. Et pas en parlant autant de sexe.
Quoi ? Moi ? L’esprit mal tourné ? Mais pas du tout ! C’est que je me suis plu à trouver un double sens aux paroles, soulevant le voile de certaines rimes. Entre va-et-vient, humidité et petits coins tranquilles, la rumeur arrivera-t-elle jusqu’à vous ? Je vous le souhaite, ça vous donnera un peu d’imagination dans l’art de la caresse. En toute pudeur, s’il vous plaît.
