Vaudeville de Nicole Genovese, mise en scène de Claude Vanessa, avec Matthieu Benigno, Paul Bouffartigue, Renaud Boutin, Sébastien Chassagne, Nelson Ghrénassia, Nicole Genovese, Marion Gomar, Adrienne Winling et Angélique Zaïni.
La comédienne Nicole Genovese qui a officié tant dans le théâtre subventionné et le théâtre privé que dans le théâtre de laboratoire confidentiel, s'est attelée à une réflexion métaphysique sur la formule vitezienne du "théâtre élitaire pour tous", la définition du théâtre subversif et "l'accouplement de deux rires, celui de l'intello et celui du beauf.
Et "Fiat lux" ! Elle a présenté le résultat de ses cogitations au terme desquelles le théâtre de boulevard traditionnellement considéré comme réactionnaire est devenu subversif dès lors que le théâtre subversif s'est dogmatisé dans sa désopilante conférence performative intitulée tout simplement "Théâtre de Boulevard" sous-titrée "portrait d’une arme de subversion massive".
Concluant que le vaudeville en était l'expression idéale, elle a écrit, dans la foulée, ce qu'elle nomme un "veau de ville" dans lequel elle laisse filer sa plume pour tisser ce "Ciel ! Mon placard..." qui se présente comme une pièce à tiroirs qui imbrique plusieurs intrigues en quenouille, une quenouille que l'auteure dévide à l'aune de sa passion pour le tissage dévoilée dans un spectacle humoristique intitulé "Mon métier, ma passion".
Pour ce faire, usant du faux proverbe qui veut que ce soit dans les vieux pots qu’on fait la meilleure soupe, elle a opté pour le registre du vaudeville à couplets à la Feydeau dont elle dynamite les codes et est donc passée derrière les fourneaux pour mitonner un hilarant salmigondis de son cru au fumet désopilant avec la parodie en fond de sauce.
Dada Pertignac, bourgeoise mondaine, futile et volage, qui se prépare pour l'événement de l'année que constitue l'inauguration des Nouvelles galeries, voit son emploi du temps, et sa journée, perturbés par le départ de son époux appelé au chevet de sa mère. Sa quête d'un cavalier de substitution l'entraîne dans une épopée rocambolesque dont le dénouement saugrenu est épicé au méta-théâtre.
Comme elle l'indique dans le programme remis au spectateur, "je me suis bien poilée en (vous) préparant cette ignominie culturelle que j'ose espérer divertissante, conviviale et dégourdie", et a relevé son défi. Le verbe, vif et impertinent, et les dialogues, futés et affutés, sont délicieusement relevé d'un vrai sens des formules.
Seule ombre au tableau, elle a inoculé dans la partition des germes de théâtre existentiel et de théâtre de l'absurde ainsi qu'une intrigue policière qui altèrent la mécanique du rire propre au vaudeville ce qui entraîne une légère baisse de régime.
En maître d'oeuvre multi-tâches, Nicole Genovese a conçu le décor articulé autour de l'incontournable placard qui hybride l'univers cheap du café-théâtre des années 1970 et l'esthétique du laid des années 1990 du style Deschiens qui tord le cou à l'illusion théâtrale au profit du divertissement "tous publics".
La mise en scène à l'avenant est assurée par Claude Vanessa, retraité des postes et télécommunications et metteur en scène d'une troupe amateur de l'arrière-pays niçois, et Nicole Genovese, également au jeu dans le rôle de Dada, s'est entourée d'une bande de joyeux lurons.
A savoir : Matthieu Benigno, le mari, Sébastien Chassagne, l'amant qui vit en couple avec un homme (Renaud Boutin) dont il a une fillette délurée (Angélique Zaïni), la bonne aux mains sales (Adrienne Winling), le valet inquiétant (Paul Bouffartigue) et le capitaine-policier (Nelson Ghrénassia) personnages ionesciens échappés de "La cantatrice chauve"..
Les intermèdes sont dispensés par la pétulante soprano Marion Gomar cantatrice finlandaise qui, elle aussi, sort du placard, transformé en l'occurrence en petit théâtre illustré, à l'occasion de fantasques chansons d'opérette-bouffe sur une musique de style mélodie Bontempi qui constituent de purs moments de bonheur jubilatoire.
