Il faut foncer voir le dernier Von Trier. Voilà, après les merveilleux
" Breaking the Waves " et " Dancer In The Dark " un nouveau
pari excitant et totalement abouti de notre Danois préféré:
filmer, trois heures durant, la rencontre d'une fugitive (Nicole Kidman, resplendissante)
et les habitants de la petite bourgade de Dogville, coincée contre
les Rocheuses de l'Ouest Américain, et dont les contours des rues et
maisons sont tracées à la peinture sur le sol d'un grand hangar.
Un huis clos dans un village imaginaire – vraiment imaginaire, pour le coup, et on n'est pas loin des jeux d'enfants du style " là, ce serait ma maison, et ça, ce serait ma ville "…
Le décor épuré jusqu'à un " presque rien " beckettien, on a tout loisir de se concentrer sur l'histoire et les acteurs, qui sont ici magnifiques. Autour de " la " Kidman, on y croise un groupe soudé et de vieilles connaissances en état de grâce : Lauren Bacall, Ben Gazzara, James Caan et la bergmanienne Harriet Andersson – excusez du peu !
Le film est à la croisée du cinéma, du théâtre et de la littérature : découpé en neuf chapitres (avec un prologue) titrés à la manière du Don Quichotte ou Tom Jones, " Dogville " est soutenu par une voix off au texte remarquablement écrit, d'une intelligence et d'une ironie magnifiques.
Le film s'ouvre sur Dogville vue de très haut, et la caméra nous emmène lentement à la découverte de ce bled perdu au milieu de nulle part. On est à présent à hauteur humaine, on fait connaissance avec les gens qui vivent là, leurs activités, leurs " maisons "… On rencontre Tom, un jeune homme épris de philo et de littérature. Tom voudrait que les habitants du village soient plus ouverts sur l'extérieur, sur le monde, qu'ils soient plus généreux… Il est conscient, au fond, que seul un cataclysme pourrait venir secouer la torpeur de Dogville.
Le cataclysme, c'est Grace/Kidman. Elle est en cavale. Tom l'accueille et le lendemain, propose aux habitants de Dogville de cacher la belle fugitive en échange de services qu'elle se met de bonne " grâce " à leur rendre. Un avis de recherche, relayé par la police, inquiète les habitants du village qui décident un à un que leur bonté doit être relative aux risques encourus. Accueillants, oui, mais va falloir payer, en services et/ou en nature…. Mais Grace n'a pas dit son dernier mot…
Pas question de déflorer la fin, surprenante et d'une violence réaliste bien inattendue dans ce monde de carton-pâte.
Allez voir " Dogville ", ce film est non seulement une merveille de mise en scène audacieuse et originale, mais également un film captivant de bout en bout et dont les situations qui nous sont proposées et le propos autant philosophique que politique par moments ne cessent de nous hanter bien après la projection.
