Les annonces dans les gares sont constituées de segments multiples, sans doute tirés de sessions d’enregistrement relativement éloignées dans le temps.
(1982) Votre attention s’il vous plaît. (1996) En raison d’un incident technique entre (2013) Grenoble et (1983) St Chamond, etc.
J’imagine toujours Simone Hérault arriver en 1981 dans un studio rue Bayard, en pardessus beige, puis en 1992 dans un tailleur bleu, puis dans un studio différent en 2001 par un jour de pluie, et ainsi de suite, en s’efforçant à chaque fois de prononcer les messages avec une humeur égale (on peut entendre un extrait de l’une de ces sessions ici).
Comme elle est douée, on perçoit tout juste l’impact du temps sur sa voix. La distinction entre les segments est surtout rendue possible par les différences sonores : plus ou moins de souffle, plus ou moins d’aigus… Le vieillissement est perceptible dans la texture.

J’ai sorti il y a quelques jours un nouveau 4 titres en ligne intitulé Springgipy. Son prédécesseur patronymique (Summerypy, disponible ici) a onze ans. Les techniques d’enregistrement étaient différentes, j’utilisais un autre matériel, d’autres instruments, mais en écrivant des chansons qui ne me paraissent pas si éloignées. Autrement dit, je vois ce nouvel EP un peu comme une annonce de Simone Hérault.
Les trois compositions ont été envoyées à l’origine à des Microcultivateurs en remerciement de leur soutien financier à notre maxi Angil and the fucking Hiddentracks.
September 17 morning song est un texte comme je ne serais probablement pas arrivé à en écrire il y a une dizaine d’années. J’ai fait tomber plusieurs filtres, depuis. Il parle assez directement et simplement du jour où mon amour S. est partie passer huit mois à Manchester. J’ai enregistré le piano chez Jean-Christophe, des Hiddentracks - je crois qu’en tendant l’oreille, on entend les enfants jouer dans la pièce voisine.
J’ai écrit Sonya Jayne après avoir lu le témoignage très touchant d’une mère à propos de la démence chronique de son fils. Je n’arrive pas à le retrouver, mais si mes souvenirs sont bons, mon texte est très proche du sien, je l’ai à peine retouché. Certaines formules m’avaient frappé : "I am not looking for answers", notamment.
Difficile de parler de Manchester Blues, la personne qui l’a inspirée n’étant pas au courant. C’est en tout cas la première fois que j’utilise un pad en guise de boîte à rythme. J’aime beaucoup ces sons très profonds, très éloignés de ce qu’on peut produire naturellement. Je pourrais dire que c’est une vraie différence avec mes goûts d’il y a dix ans, mais à la réflexion, ce genre de sonorités m’intéressaient déjà.
Le quatrième morceau du maxi est une reprise de Sonic Youth, que trois Hiddentracks et moi avons enregistrée pour la proposer à A découvrir absolument en vue d’un album-hommage à venir.

