Quelle joie le retour de l’ami, en Nouvelle-Zélande longtemps parti. Quelle joie son retour de là-bas, pour nous, restés ici. Mais seul celui qui revient sait que son retour ici est en fait un autre départ de là-bas, ce là-bas devenu depuis son ici à lui… C’est un peu de lui qui reste là-bas, c’est un peu de là-bas qu’il nous ramène ici.

Quelle joie le retour pour ceux qui attendaient, restés à quais et quelle mélancolie cachée, mal assumée pour ceux qui reviennent, eux qui ont le cœur entre deux terres et la tête entre deux eaux.

Voilà Waimarama, le nouvel album de Franck Monnet. Parti à l’autre bout du monde, parti de sa maison de disque, parti amoureux, il revient. Dans ce va-et-vient, dans ces rencontres, cette vie amoureuse, il a eu le temps de composer, d’écrire et de libérer douze titres.

Waimarama, c’est d’emblée de belles retrouvailles avec cette voix entre mille reconnaissable. Haute et limpide, cette voix qui n’hésite pas à replonger en gorge pour se charger de chaleur et de rondeur, nous murmure l’essentiel d’une interprétation très personnelle. L’homme se raconte, sa voix le déshabille et l’offre à nos oreilles sans artifice mais sans exhibition forcée.

Les textes susurrent plus qu’ils n’affirment et les titres résonnent longtemps, vibrent à l’unisson et se répondent les uns aux autres, pour construire en écho un ouvrage cohérent.

Franck Monnet, s’il est un parolier reconnu, rappelle aussi toute sa valeur comme compositeur et arrangeur. Ses mélodies savent toucher juste et se faire légères, mélancoliques, entêtantes ou fiévreuses au choix, à l’image du périple du voyageur, passant par des chemins métaphysiques changeants, maniaques, pesants, fondateurs…

Waimarama est un album sensible qui reprend en condensé sa vie Néozélandaise et ses liens à la France, à lui-même. Sa vie amoureuse est dépeinte par touche pudique et décalée ("Anorak", "Plus rien à me mettre" en duo avec Camélia Jordana). Son nouveau décor de vie est décrit avec poésie et donne à voir toute son introspection ("Sans John", "Quelqu’un", "Différents"). Le titre "Paris" vient magnifiquement illustrer le retour, dans ce processus de création et de vie : "Paris, qu’est ce qui m’arrive / j’me sens plus chez moi d’un coup". C’est le Franck Monnet nouveau, d’abord pas que d’ici, déjà plus là-bas, bientôt ici et là-bas.

Il revient. Il repart. Il reste, se décentre. Il s’antipode.

Un album comme une véritable pièce de dentelle, fin, complexe et puissamment solide. Waimarama s’est construit sur tellement de vie qu’il est une évidence. Loin d’une commande contractuelle ou d’une exigence économique, son existence s’impose sans autre justification que sa propre substance. Une pause sensible, une belle réussite en suspension, pour oublier nos ici, nos là-bas, perdre le nord et s’abandonner quelques minutes.