Nous avions rencontré Alexandre Lacouture, auteur, et Paul Séré, comédien, autour de la pièce "Call me call girl", une comédie rythmée et divertissante, l'occasion pour eux de se trouver bien des affinités au point de se retouver à l'affiche de "Comment je suis devenu grand".

Ils nous racontent comment ils ont mené à bon port ce projet de one man show.

Quand nous nous étions rencontrés en 2004 à l'occasion de la pièce "Call me call girl" qui est encore à l'affiche mais avec une distribution différente, vous nous aviez parlé de votre projet de one man show en co-écriture avec Alexandre Lacouture . Vous l'avez mené tambour battant puisque vous avez commencé à le jouer dès décembre .

Paul Séré : Oui. Effectivement nous espérions faire deux dates avant la fin de l'année. Alexandre avait bien planifié le travail e nous voulions faire la scène du Trévise fin septembre avec un sketch d'une dizaine de minutes pour le mettre à l'épreuve du public. Nous l'avons réécrit en 24 heures, et ainsi de suite. Nous avons fait également la scène libre au théâtre Le bout qui nous également permis de voir ce qu'il fallait modifier. Le spectacle a été écrit de cette manière par morceaux réunis par un scénario.

Selon la technique chère à Alexandre Lacouture …

Paul Séré : Oui. Nous ne voulions pas faire une suite de sketches mais écrire une histoire. En réalité à l'origine, comme nous nous étions bien entendus pour Call me call girl, j'étais allé le voir en lui proposant de m'aider pour faire une scène libre. J'avais déjà une idée de ce que je voulais faire et il s'est trouvé que lui disposait déjà d'une trame qui collait à mon projet. Il est revenu me voir le lendemain en me disant : J'ai un concept. Ce concept avait même un titre "Comment je suis devenu grand" que nous avons gardé. Le fil rouge était constitué par l'histoire d'amour qui amène l'enfant jusqu'à la scène.

Comment s'est passée l'écriture à deux mains ?

Paul Séré : Nous écrivions à partir d'une thématique précise en confrontant et amendant réciproquement nos pages. Et très vite, nous avons été amené à tester auprès des amis et d'un public restreint pour éprouver les réactions des spectateurs. Aujourd'hui, nous sommes encore dans cette démarche au théâtre de la Providence dans la mesure où nous essayons et rectifions certains passages. Ainsi nous avons écrit plusieurs entrées en scène pour voir celle qu est la plus efficace. Et puis nous avons parfois coupé des scènes pour éviter qu'elles soient trop longues et entraînent une baisse d'attention car le spectacle est basé sur un certain rythme et une dynamique qu'il ne faut pas casser.

Traditionnellement, les premiers on man shows sont toujours autobiographiques car les jeunes humoristes parlent de ce qu'ils connaissent le mieux, c'est-à-dire leur vie. Est-ce le cas du votre ?

Paul Séré : Non. C'est complètement inventé à partir d'une trame qui est en fait l'éducation de l'enfant qui cherche sa voie et qui la trouve grâce à un vieux sage, ici un grand père plutôt rock n'roll, et qui est traitée de manière drôle.

Donc à part votre binette sur la photo de l'affiche, ce n'est pas l'histoire de Paul Séré ?

Paul Séré : Et non, ce n'est pas moi !

Le spectacle est donc encore en rodage, ce qui est facilité par le fait que vous soyez seul en scène ?

Paul Séré : Oui. C'est vrai mais le spectacle est pratiquement cadré au niveau de sa structure. Ensuite, nous improviserons peut être mais il faut que le spectacle soit stabilisé notamment pour le régisseur car il comporte beaucoup de régie. D'autant que la Providence enchaîne de nombreux spectacles.

N'est-ce pas dur d'être seul en scène ?

Paul Séré : Non. Je fais ce que je veux. Tout le monde me regarde. C'est un plaisir d'acteur. Et en même temps, je ne me sens pas tout seul. Je n'ai pas cet égocentrisme. Je dis un texte qui est le fruit de notre collaboration commune et j'essaie de ne pas le trahir.

Comment avez-vous fait pour obtenir une programmation à La Providence justement ?

Paul Séré : Sur audition. Nous avons présenté le premier sketch de dix minutes, dont je vous parlais au début alors que nous n'avions pas du tout finalisé la première mouture du spectacle, qui a plu à Sébastien Cypers, le directeur.

Vous bénéficiez d'une programmation intéressante : 2 soirs par semaines le vendredi et le samedi et à 19 heures.

Paul Séré : Au début, nous n'étions pas convaincu par l'horaire de 19 h. Mais c'est vrai qu'il permet aux gens de venir voir le spectacle et de poursuivre la soirée, notamment le vendredi, par un dîner ou de rentrer relativement tôt chez eux. Cet horaire nous permet aussi de faire un débriefing après le spectacle.

Comme le spectacle vient juste de démarrer, je suppose que vous n'avez pas d'autres projets sur le feu ?

Paul Séré : Non. Pour le moment, nous nous consacrons pleinement à ce spectacle et aussi à tout l'aspect promotion.

Ce spectacle n'est pas vraiment un one man show malgré le fait que vous soyez seul en scène puisqu'il y a une histoire avec des péripéties et que vous interprétez plusieurs personnages. Ce format vous convient-il particulièrement ?

Paul Séré : Il est vrai qu'être seul en scène était quelque chose que je souhaitais faire depuis longtemps. Dès que j'en ai parlé à Alexandre, tout s'est enchaîné très vite. C'est bien sûr un projet commun qui nous tient énormément à cœur.

Sur ces entrefaits, arrivée d'Alexandre Lacouture.

Cela étant, avez-vous déjà d'autres idées de spectacles ?

Paul Séré : Oui, nous pensons déjà à la suite…(rires). Non, pour le moment, nous sommes vraiment dans la phase de rodage de ce spectacle pour une finalisation prochaine. En fait, nous préparons la rentrée de septembre.

Comment avez-vous procédé pour écrire, en collaboration avec lui, un spectacle sur mesure pour Paul Séré ? Car entant qu'auteur d'une pièce vous disposez d'une grande liberté d'écriture alors que là il s'agissait davantage d'un exercice imposé.

Alexandre Lacouture : Cela s'est passé très simplement. Quand il m'a parlé de son projet de on man show et du thème sur le parcours d'un enfant un peu maladroit, un peu looser, j'ai ressorti de mes cartons un texte qui était une mouture de one man show qui racontait l'histoire d'un comédien. Nous avons fait un pot commun de tout ça et nous avons commencé à écrire des scènes, puis les interludes selon une trame chronologique, celle de la vie d'un enfant qui devient un comédien. Rien de très contraignant au niveau technique puisque nous écrivions chacun des morceaux que nous finalisions ensemble.

Certes, mais parfois ce genre d'exercice vire au pugilat ou à l'échec compte tenu de l'ego de chacun.

Paul Séré : Ç a s'est très bien passé parce que nous nous entendons très bien . De plus, Alexandre apporte chaque jour des textes nouveaux et il est très…convaincant. Et je suis très réceptif à son humour.

Alexandre Lacouture : Il n'y a pas de problèmes d'ego…

Paul Séré : …j'ai brûlé sa maison …(rires)

Alexandre Lacouture : La sanction c'est le rire du public. Donc l'alternative est simple : c'est drôle on garde, ce n'est pas drôle on coupe et ce quel qu soit l'auteur. Pour le moment, nous voulons que le spectacle soit drôle. C'est notre priorité. Peut être qu'ensuite,nous voudrons qu'il soit rôle et original, puis très drôle et très original ….(sourire)

Les chansons et musiques, les petits interludes comme vous les appelez, c'est votre marque de fabrique ?

Alexandre Lacouture : Il y a d'autres jeunes auteurs qui pratiquent ainsi. Toute la génération télé. La musique, les clins d'œil c'est plutôt rassurant. Mais finalement, la partie qui marche le mieux est celle qui traite du monde du travail et c'est celle qui ne comporte que du texte. Dans les premières moutures du spectacle, il y avait énormément de musiques. Au fur et à mesure, nous avons épuré.

Paul Séré : Oui, nous avons aussi supprimé le décor et beaucoup d'accessoires.

Le spectacle ne s'en ressent pas. Il ne reste qu'une chaise et un guitare. Mais il faut préciser aux futurs spectateurs qu'il ne s'agit pas d'un récital Brassens. Votre pièce "Call me call girl" en est à sa deuxième saison, ce qui est plutôt un bon score par les temps qui courent. Avez-vous d'autres projets en cours d'écriture ?

Alexandre Lacouture : "Call me call girl" continue au Théâtre des 3 Bornes les vendredis et samedis avec trois nouveaux comédiens avec Franck Jouglas qui garde le rôle de Mattéo. Le producteur cherche une programmation plus dense dans un autre théâtre car la gestion de 4 comédiens pour 2 représentations par semaine est assez difficile. Par ailleurs, nous avons encore du travail sur le one man show qui devrait être finalisé pour mars. Parallèlement, je finalise une nouvelle pièce, dont je vous avais parlé et qui a encore changé de titre, et en mars aussi je chercherai des comédiens pour la tester et en peaufiner l'écriture. Mais il s'agit d'un projet pour 2006.

Un scoop pour cette pièce ? Son titre ?

Alexandre Lacouture : Ça s'appellera sûrement…attendez que je réfléchisse…j'invente en même temps…(rires).Non, ça s'appellera "Petits arrangements avec la réalité". Il s'agit d'une comédie romantique à 2 personnages, deux hommes.

Paul Séré : Voilà le scoop !

Avez-vous déjà une idée pour la distribution ?

Alexandre Lacouture : Oui, mais rien n'est décidé pour le moment. Mais je ne manquerais pas de vous tenir au courant !

Dernière question pour Paul Séré : Etes-vous vraiment amoureux de Léa ?

Paul Séré : (rires) Oui. Elle partage ma vie !