Comédie shakespearienne, mise en scène de Mélissa Gardet, avec Anthony Allard, Manon Boudou, Nicolas Guillemot, Amélie Helle, Ronan Pécout et Marlène Vulliet.

Concocté à l'instar de son titre comme un "mixte-shake", ce jubilatoire "Shake Speare", création collective de la Compagnie du Mouton noir, propose un très réussi divertissement en forme de fantaisie parodique.

Certes, le procédé de la compilation et le détournement de registre ne sont pas novateurs, mais, ambitionnant de survoler l'essentiel des chefs d'oeuvre de la figure éminente du théâtre élisabethain pour le plaisir du jeu et du public, cette jeune compagnie propose - toujours dans un registre comique - une déclinaison nouvelle qui repose sur une compilation inattendue des partitions et une imbrication fantaisiste des intrigues.

En effet, elle a mixé les partitions originales des personnages emblématiques de la planète shakespearienne issus de trois tragédies majeures mettant en oeuvre les thèmes par essence dramatiques que sont l'amour, la mort et le pouvoir, sur lesquelles elle a greffé de sagaces emprunts aux comédies.

Et elle a boutiqué, sur la trame du cercle amoureux, doublé d'un cerclé vicieux, et l'optique du meta-théâtre, un cocktail étonnant et détonnant à la fraîcheur roborative et au parfum résolument loufoque servi bien frappé par des comédiens tous aussi secoués.

Aux manettes de la centrifugeuse, évitant l'écueil de l'outrance et de la trivialité vulgaires, Mélissa Gardet dirige efficacement ses camarades sur le droit chemin d'une belle choralité comique qu'ils empruntent à un rythme effréné et qui se révèle truffé de véritables scènes d'anthologie.

Dans un décor en carton-pâte entre péplum et cartoon, tenant la dragée haute à un timoré César (Nicolas Guillemot), la plantureuse Cléopatre (Marlène Vulliet) énamourée pour un Roméo cabotin (Ronan Pécout) qui reluque la douce Ophélie (Amélie Helle) réduite à jouer les utilités faute de retenir l'attention d'un Hamlet (Anthony Allard), qui a repris du poil de la bête, manipulés par l'infâme Iago (superbe composition de Manon Boudou) se livrent à d'hilarants chassés-croisés.

C'est vif et drôle. Bref à consommer sans modération. ,