Avec "Secrets d'ivoire", le Musée du Quai Branly propose une immersion dans les forêts d’Afrique centrale dans l'actuel République démocratique du Congo à la découverte de l'art des Lega d'un peuple aux us et coutumes singuliers qui y est établi depuis les 16ème siècle.
Il accueille à ce titre l'exposition réalisée conjointement par le Fowler Museum de l'Université de Californie et le Nelson-Atkins Museum of Art de Kansas City,.
Celle-ci a été conçue sous le commissariat de Elisabeth L. Cameron, maître de conférences en Histoire de l'Art et Culture Visuelle à l'Université de Californie à partir notamment de l'impressionnante collection privée qu'avait constitué le physicien américain Jay T. Last et dont il a donation au Fowler Museum.
Dans l'élégante scénographie de Nathalie Crinière qui a apprivoisé les méandres de la Mezzanine Est, 240 oeuvres sont présentées en regard des proverbes et aphorismes qui constituent le socle de la transmission orale des traditions du peuple Lega.
L'art des Lega d'Afrique centrale : un art au service du sacré
La particularité du peuple Lega tient à leur organisation sociétale qui ne comporte ni dirigeants héréditaires ni gouvernance élue mais repose sur le fondement d'une société initiatique, une confrérie semi-secrète nommée Bwami, qui distinguait les sages et prônait de hautes valeurs morales comme l'harmonie vitale, la piété filiale et l'élévation de l'esprit. D'où un lien fort et privilégié entre l'art, la morale et la vie
Dans cette société essentiellement religieuse voire mystique fondée sur un syncrétisme du profane et du sacré, il n'y a donc pas d'art gratuit ou simplement décoratif.
L'art est toujours lié à la spiritualité d'où la signification polysémique d'objets à destination polyvalente comme souvenirs des défunts, outils d'apprentissage, signes distinctifs, tels les coiffes, et instruments de rituels.
L'exposition permet de prendre la mesure de l'exceptionnelle vitalité artistique qui se manifeste par la diversité des matériaux utilisés - qu'il s'agisse du minéral ou du végétal avec le bois, l'ivoire, l'argile, la pierre et les fibres végétales ou du recyclage d'éléments du squelette animal tels l'os, le bec et les griffes - et des techniques de la vannerie à la sculpture.
Un art qui se caractérise par la pureté des lignes et l'hybridation exceptionnelle de la stylisation et de l'expressivité. Celle-ci est particulièrement patente pour les masques utilsés lors des cérémonies d'incarnation.
Ce qui n'a pas échappé aux artistes occidentaux du début du 20ème siècle et participé à la fascination pour les arts dits "primitifs";
De même pour les figurines d'ivoire utilisées lors des rites d'initiation qui sont initialement exposées sur la tombe d'un défunt et deviennent ensuite des objets consacrés.
Et le visiteur même néophyte sera sensible à la sérénité qui en émane.
