Comédie dramatique de Charlotte Escamez, mis en scène par William Mesguich, avec Françoise Cadol, Anne de Broca et Zazie Delem.

"Lomania", c’est un monstre. Les monstres ont des sentiments, des délicatesses, des ombres.

Trois Espagnoles, Lola, Maria, Antonia, dont les destins s’imbriquent, sous le soleil, à la fraicheur des églises, au grattage des tombes, se souviennent de leur vie, de leurs amours, de leurs douleurs, avec les mots de la cruauté, du cri commenté et répété, de l’attente.

Du texte d’un auteur inspiré, Charlotte Escamez, qui a connu ces femmes-pierres, vieilles à vingt ans et jeunes à cheveux blancs, déesses d’un matriarcat exigeant et mythologique, trois comédiennes magistrales - Anne de Broca, Françoise Cadol et l’inquiétante Zazie Delem - s’emparent, avec gloutonnerie, sensualité, obscénité, parfois, incarnant ces silhouettes mouvantes, n’attendant plus le chevalier sur la crête, dont elles ont tué la monture ou visé la tête.

La mise en scène de William Mesguich préserve l’âpreté du texte. C’est saignant, désespéré, impitoyable. C’est net comme un trait de fusain sur une feuille très blanche.

On a l’habitude, dans le théâtre d’Alain Barsacq et d’Agathe Alexis, de ces textes-flèches qui crèvent la médiocrité.

Lomania, c’est un monstre. Celui de la Domination féminine. Elle a le temps pour elle… Qui songerait même à la critiquer ?