Comédie dramatique mise en scène par Caroline Guiela Nguyen, avec Boutaïna El Fekkak, Margaux Fabre, Alexandre Michel, Ruth Nüesch, Jean-Claude Oudoul et Pierric Plathier.
Pendant deux heures et demie, la Compagnie les Hommes Approximatifs sous la direction de Caroline Guiela Nguyen raconte l'itinéraire "vie et mort" d'un avatar bovarien hybridé avec la thématique psycho-sociale de la famille délétère et le sujet de société tenant à la détresse engendrée par le surendettement.
Emma, Roussillonnaise d'origine magrébine, est une neurasthénique larmoyante (Boutaïna El Fekkak) qui vit entre un mari médecin jovial pratiquant le déni par la méthode Coué du "tout va bien" (Jean-Claude Oudoul), une belle-mère zombie alzheimérisée (Ruth Nüesch), une fille égocentrique et tyrannique (Margaux Fabre), un jeune voisin analphabète qui est l'homme à tout faire de la maison (Alexandre Michel) et un professeur de piano énamouré (Pierric Plathier).
La partition qui résulte d'une écriture de plateau développée avec la participation de Mariette Navarro, auteure associée, comporte toutes les faiblesses textuelles et dramaturgiques liées à ce registre du théâtre post-moderne dans lequel les comédiens boutiquent leur rôle.
Ce projet élaboré dans une conception du "théâtre comme machine à fiction et comme événement réel, personnes réelles, espace réel", mêlant les registres et les formes du théâtre, du cinéma, du docu-fiction et du téléfilm et dans lesquels est injecté de l'irréel onirique avec les apparitions d'un étrange personnage, chimère du bonhomme Michelin et de Casper le fantôme, peine à atteindre son objectif.
Toutes les scènes d'une intensité - et d'un intérêt - dramatique très inégale se déroulent dans la pièce à vivre de la maison familiale à la manière des "kitchen-sink-dramas" mais on est bien loin de partitions telles "La cuisine d'Elvis" du Britannique Lee Hall ou "Le cas de la famille Coleman" de l'Argentin Claudio Tolcachir.
D'autant que tout sonne faux dans le décor pseudo-réaliste qui reconstitue un intérieur prolétaire des années 1960 façon Deschiens avec téléphone portable et prix en euros.
Restent les comédiens. Boutaïna El Fekkak joue bien la femme psychotique, Jean-Claude Oudoul est remarquable et, en enfant terrible puis en adolescente renfrognée, la jeune Margaux Fabre s'avère une révélation.
