Virgin Train, Londres-Manchester
Dans le siège à côté du mien, un Juif orthodoxe est en train d’ânonner à voix basse en parcourant la Torah. C’est un son impressionnant, entre la tuyauterie qui déconne et la récitation fantomatique du vieux sage dans Yakari. Ses filles me lancent des regards embarrassés – à moins que je ne les analyse comme tels à travers mon spectre occidental. On entend par moments l’insupportable petit sifflement guilleret qui est devenu, semble-t-il, l’alarme SMS officielle du monde entier cette semaine.
Deux semaines sans voir S, sans voir Manchester. C’était long, mais c’était pour la bonne cause. Nous avons fait une série de concerts, peut-être la dernière du genre, avec les amis Michael Wookey et Laetitia Sadier, qui a irradié ces quelques jours. Ça doit être épuisant, une telle aura en permanence.
Nous avons joué à Saint-Etienne, dans ce lieu magnifique qu’est Ursa Minor, attenant au Gran Lux, où nous avions enregistré notre dernier album. L’ensemble de ces deux bâtiments était une brasserie industrielle : volumes immenses, odeur douce et âcre d’acier froid. On s’est bien caillé, d’ailleurs, mais c’était chouette. Le lendemain, nous étions sur la péniche lyonnaise où j’ai vu Winter Family la semaine précédente. Le Sonic, son patron toujours aussi sympathique, drôle et un peu ours, son régisseur son toujours aussi extraterrestre, ses légers tangages auxquels il vaut mieux ne pas trop réfléchir après la deuxième bière. Excellent moment ici aussi. Laetitia, grandiose, signe un set d’une élégance rare. Guitare, voix, classe naturelle. Il paraît que Kim Gordon a annulé son concert à 25 €, faute de réservations suffisantes et s’est rabattue sur un bar étudiant. Il n’aurait plus manqué qu’elle débarque sur le Sonic pour parfaire le tableau.
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Bordeaux, troisième jour. Un lieu tout petit, forcément en sous-sol (c’est une marque de fabrique ici, paraît-il). 95 entrées payantes sans compter les invités : un beau doigt d’honneur à l’autre salle bordelaise qui nous a lâchés à trois semaines du concert. Le tout organisé avec bonhommie par un anti-héros local qui me plaît, notamment en tant que personnage littéraire, Sol Hess. Son nom est un titre en soi.
On a terminé hier avec un concert chez Mickaël Choisi, président de Popnews et homme de bon goût. Une quinzaine de ses amis étaient présents ; au moins trois ont pleuré. C’était une parenthèse, ce concert, difficile à décrire après coup sans faire cucul. Michael Wookey a joué ses dernières compositions avec un talent effronté, et sa prestance constamment coincée entre intelligence du moment, art naturel, humour poignant et maladie mentale. Michael, je t’aime beaucoup.



