Comédie dramatique de Brasnilav Dunic, mise en scène de Ned Grujic, avec Annick Cisaruk, Jean Hache, Pascal Ivancic, Philippe Ivancic, Antonia Malinova, Caroline Pascal, Sacha Petronijevic, Charlotte Rondelez (Rosalie Symon en alternance) et Jean Tom.
Plongée dans la Serbie, grande nation amie de la France, à la culture riche et originale, à la poésie et au théâtre vivants et aimés par son peuple avec "Les (dés)héritiers".
Branislav Nusic est un grand auteur, comparé à Feydeau, à Labiche, à Gogol, né dans la dernière moitié du XIXème siècle et mort juste avant la Seconde guerre mondiale. Il n’avait encore jamais été traduit en français. On comprendra pourquoi.
Retour de funérailles. L’enterré, Todorovic, est pleuré par certains tandis que tous attendent l’ouverture de son testament. La famille s’installe dans la maison. Des clans se forment. Des meneurs émergent. Le vernis craque vite tandis que l’échéance approche. La folie slave, l’âpreté des hommes, l’hystérie des femmes, le mépris social, l’encasement des individus, tout explose et s’enchevêtre.
Les comédiens sont excellents : Sacha Petronijevic, avocat pointilleux et tendu vers la perfection, parfait, comme dans toutes ses compositions, auprès d’un Jean Tom au sommet de sa forme, ahuri, goguenard, saisissant la chance unique de peser auprès des "puissants" qui n’ont cessé de le dévaloriser.
Jean Hache, chef de famille, est élégant, hautain, retors, de la classe des Jean Poiret. Le reste de la troupe sautille, existe, s’agite.
Et patatras. Cet humour ne passe pas en français : problème de traduction, ou, hypothèse plus probable, essence d’un humour national qui s’évente dans l’adaptation ?
Malgré l’universalité de la situation, le soufflé retombe. On rit peu, de longs passages, mornes, s’enchaînent sans espoir, malgré la mise en scène alerte de Ned Grujic et les décors et costumes, brillants, de Danièle Rozier.
Le théâtre est aléatoire, fragile, insaisissable. On est pris ou pas. A chacun d’aller se mesurer à ces "(dés)héritiers".
