L’exercice s’annonce délicat : comment donner envie d’écouter l’album d’un artiste qui a été marqué par Whitney Houston et se déclare fan de George Michael ? Comment accorder du crédit à quelqu’un dont le look dépasse souvent l’entendement ?
Se souvenir déjà qu’à une certaine époque, on pouvait être habillé comme un sapin de Noël (la liste est longue, de Roxy Music à T-Rex en passant par David Bowie) et déniaiser la Pop Music. Se rappeler aussi que cette dernière n’est pas toujours affaire de bon goût.
Après l’ambiance électronique de Contamination, paru l’an passé, Jef Barbara revient avec Soft to the touch, nouvel album où les guitares sont plus présentes, plus tranchantes à l’image du morceau d'ouverture "About Singers", très glam rock. S’en suit une collection de titres au style varié et éclectique, du très british "Chords" (en duo avec Laetitia Sadier de Stereolab) à l’anguleux et précis "Technic is fun", en passant par la moiteur de "Old gold and loss diamonds" ou le tortueux et suave "Florida is the future".
Le fil rouge de toutes ces compositions, c’est cette vision flamboyante, grandiloquente de la pop que défend avec morgue et fierté Jef Barbara, tiraillé entre ses envies de succès universel et sa volonté de conserver une crédibilité underground. On doute cependant que le grand public soit réceptif à son univers fait de stupre et de paillettes, même si le titre "I know I’m late" a le potentiel pour frapper à la porte des hit parades.
En fin d'album, Jef Barbara tombe le masque en offrant une relecture dépouillée, piano-voix, de "Amour Ardent", prouvant ainsi à ceux qui en doutaient encore que sous le décorum kitch, les fondations sont solides.
