Diptyque de comédies dramatiques de Odon von Horváth, mise en scène de André Engel, avec Caroline Brunner, Yann Collette, François Delaive, Evelyne Didi, Yordan Goldwaser, Jérôme Kircher, Gilles Kneusé, Manon Kneusé, Arnaud Lechien, Antoine Mathieu, Tom Novembre, Ruth Orthmann, Julie-Marie Parmentier, Natacha Régnier et Marie Vialle.

Composé de deux œuvres d’Odon von Horwath, "Meurtre dans la rue des Maures" et "L’Inconnue de la Seine", ce diptyque est proposé par le metteur en scène André Engel.

Familier de l’opéra, ce dernier a imaginé des décors qui s’en inspirent largement (on s’attend à voir Mimi, toussotant) et dont les toits sont déjà à l’état de ruines (légère anticipation, puisque l’action se situe dans les années trente du siècle dernier).

C’est beau, réaliste, et à chaque changement, des images de "rouages", en noir en blanc, qui évoquent tout à la fois, "Les Temps modernes", "Métropolis" et "M. le Maudit", masquent les poussées des techniciens de plateau.

L’action est mince. Première partie : en Allemagne, dans une famille sinistre. Le fils, rejeté par tous, tue l’horloger juif, et rongé par la culpabilité, vient se pendre chez les siens, sans les émouvoir. Seconde partie : en France, à Paris, même crime, mais avec amours de grisettes et de marlous, avec la légèreté française et la Seine, où l’on peut se jeter romantiquement.

Etrange assemblage, étrange similitude.

L’horloger, maître du temps, Dieu en boutique, règle ce ballet du destin, merveilleusement interprété par l’immense Yann Colette, qui domine largement la distribution, aux côtés de Julie-Marie Parmentier, exquise et emblématique Ophélie des faubourgs.

On a plaisir aussi à revoir Tom Novembre, nonchalant commissaire de police. Quelques caricatures traversent aussi le plateau, à bicyclette, manchots, pousseurs de landaus.

Spectacle beau et glacé, inquiétant, "La Double mort de l'horloger" déconcerte, trouble, avec une fin horriblement optimiste, des ventres déformés de femmes qui paraissent plus enceintes de tumeurs que de vie.

Orage d’Histoire, tic-tac du temps qui va : double détente de cette évocation du crime de l’humanité.