Une femme qui consacre son temps libre à l’écriture, encore une. Bourrée de talent avec un destin de femme qui dessine un sourire en coin et fait se plisser les yeux, entre éclat de rire et ironie du sort, Sylvie Ouellette présente Le secret du docteur Barry, et quel secret !

Si vous avez la patience de patienter rien que 50 petites pageounettes, ce qui fait donc 25 feuilles à parcourir, les yeux fiévreux et le trépignement à son comble à travers le style riviéra de Sylvie Ouellette. Non, le style riviéra n’existe pas, il s’agit tout simplement d’une gourmandise néologique de ma part pour vous signifier que vous n’aurez pas trop longtemps à patienter avant de connaître cet étonnant secret, puisque cette auteure a le talent d’écrire comme une rivière file à la mer, elle coule, elle coule, tranquillement, sûrement, fluidement…

Hum. Je n’ai pas eu la patience d’attendre. Mais mon cœur a tout de même bondi quand j’ai lu ces quelques mots derrière la poignée de pages que je venais de zapper pour comprendre enfin de quoi il en retournait. Bien sûr, si vous lisez le résumé, vous le saurez aussi, idem si Google est toujours votre ami, puisque le Docteur James Barry a réellement existé au XIXème siècle.

Hormis l’éclairage qu’il accorde, la révélation du secret n’engloutit pas le reste du roman au chapitre de l’inutile. Au contraire, le lecteur partage les craintes et les doutes de Barry, comprend le pourquoi du comment, sans forcément partager ses opinions, mais en gardant un immense respect pour le personnage atypique. Qu’aurions-nous fait à sa place ?

James Mirande Barry obtient son diplôme de médecine aux temps où la compréhension des organes se faisait encore sur des cadavres fraîchement déterrés. Puis il accède à la fonction de chirurgien et intègre les armées coloniales dans lesquelles il exerce ses talents. En Grande-Bretagne, en Afrique du Sud, aux Antilles où il attrape la fièvre jaune, en Méditerranée et au Canada, Barry ne laisse personne indifférent. Des moqueries à l’admiration, il soigne sans distinction de camps, d’origine ou de couleur, instaure des pratiques d’hygiène révolutionnaires qui seront les bases des procédures médicales actuelles.

Par delà le destin d’un médecin, Sylvie Ouellette pose également la fatidique question : jusqu’où irions-nous pour vivre de notre passion ? Et puisque lire l’expérience d’un autre renvoi à ses propres actes, choisirons-nous aussi de vivre pour les autres à l’image du docteur Barry plutôt que pour nous-mêmes ? Barry a-t-il véritablement sacrifié sa vie ? Ou bien sacrifions-nous la nôtre en ne suivant pas nos passions au risque de nous y perdre ?

Mis à part les questions qui émergent, vous fermerez le livre avec un soupir de soulagement, ou de la fierté, parce que des gens comme ça ont parcouru notre monde et posé leur empreinte sur notre humanité auto-destructrice. Un souffle d’optimisme est toujours bienvenu dans nos contrées surpeuplées, n’est-ce pas ?

De son écriture fluide et sincère, Sylvie Ouellette s’attaque à une légende de la médecine, comble les silences avec son propre imaginaire, et nous livre le magnifique destin de l’excentrique et tempétueux James Barry.