La rentrée muséale du quartier de la Nouvelle Athènes est placée sous le signe de l'esquisse peinte avec l'exposition d'automne du Musée de la Vie romantique consacrée aux "Esquisses peintes de l'époque romantique".
Vrai sujet muséal, et non exposition de fond de tiroirs comme pourrait laisser accroire le statut ordinaire de l'esquisse, cette exposition propose de se pencher sur la place et le rôle tout à fait aussi inattendus qu'aujourd'hui méconnus, que connut l'esquisse durant la période romantique.
Conçue sous le commissariat de Sophie Eloy chargée d'études documentaires et directrice adjointe du Musée de la Vie romantique, elle illustre la page de l'Histoire de l'art consacrée à cette étape picturale préparatoire à la réalisation du tableau, vouée à l'ombre sinon à l'oubli, qui, au milieu du 19ème siècle, s'est érigée en véritable genre stylistique et esthétique reconnu et recherché sur le marché de l'art et devenue l' emblème du romantisme.
L'échevelée romantique avec l'esquisse peinte du 19ème siècle
Grâce aux prêts exceptionnels du Musée national Delacroix, du Musée des Beaux-Arts de Lille, du Musée d’Orsay et du Petit Palais, une centaine d'esquisses, placées sous l'égide des trois esquisseurs de renom, Eugène Delacroix, Ary Scheffer et Léon Coigniet, mettent en lumière la vogue iconographique des esquisses.
Celle-ci est suscitée par les caractéristiques qui tiennent au fini inachevé, aux contours incertains des figures et au foisonnement chromatique des esquisses qui, comme l'indique la commissaire, constitueront un "reflet durable de la fougue qui a animé les années romantiques".
Les esquisses peintes de Delacroix, dont celles de sa "Médée furieuse" retenue comme visuel pour l'affiche de l'exposition, du "Radeau de la Méduse" et de l'époustouflant maelstrom chromatique de la "Chasse aux lions", de Léon Coigniet ("Rebecca enlevée par les Templiers") et le très étonnant "Rêve du bonheur" de Dominique Papety sont à cet égard significatives.
La salle consacrée aux oeuvres de Ary Scheffer témoigne de l'éclectisme de ses sources d'inspiration.
Mythologique avec "Orphée et Eurydice", biblique avec Saint Thomas d'Aquin et les très beaux "Anges pleurant la mort du Christ", littéraire avec le "Faust" de Goethe, historique avec "La Marseillaise" ou "Charlemagne reçoit la soumission de Widukind à Paderborn" et littéraire avec le "Faust" de Goethe.
Etape du processus de fabrication du tableau, l'esquisse constitue par ailleurs un exercice imposé à part entière pour les compositions et paysages historiques pour les étudiants des Beaux-arts et pour les postulants aux concours académiques.
L'exposition en présente un florilège ainsi que l'esquisse en regard de la toile définitive "Samson livré aux Philistins par Dalila" de Joseph-Désiré Court Prix de Rome 1821.
L'esquisse constitue également une étape incontournable pour les peintres affirmés pour valider les commandes émanant tant des institution publiques pour les commandes d'Etat ou ecclésiastiques pour les oeuvres de dévotion.
Ainsi, Delacroix se plie à cet exercice et l'esquisse circulaire
de "La paix vient consoler les hommes et ramène l'abondance" seule témoignage de l'oeuvre originale qui décorait un plafond détruit en 1871 de l'Hôtel de Ville de Paris.
Tout comme Léon Coigniet pour les esquisses de lunettes pour l'Eglise de la Madeleine et Alphonse-Henri Perin avec des esquisses dans le style épuré des Primitifs pour la sacristie de l'église Notre Dame de Lorette.
A découvrir dans ce lieu délicieux qu'est le Musée de la Vie romantique avec sa cour-jardin et son salon de thé sous verrière pour une pause réconfort avant la visite de ses collections permanentes.
