Avec "Un air de Renaissance", le Musée National de la Renaissance sis au Château d'Ecouen, propose une exposition novatrice puisque la première consacrée à la musique de la Renaissance.

Les commissaires de l'exposition, Thierry Crépin-Leblond, conservateur général du Patrimoine et directeur du Musée National de la Renaissance, et Muriel Barbier, conservateur au même musée en collaboration, pour le commissariat scientifique, avec le musicologue Benoît Damant, ont opté pour une judicieuse sélection d'oeuvres qui soulignent les lignes de force d'une analyse dense et érudite afin d'intéresser tant les musicologues, les musiciens que les amateurs d'art et les néophytes.

Par ailleurs, ils l'ont inscrite dans le cadre d'une monstration à double détente : d'une part, avec plusieurs salles dédiées et, d'autre part, avec l'élaboration d'un itinéraire complémentaire constitué par un parcours spécifiquement balisé au sein des collections permanentes.

Instruments de musique, partitions, documents iconographiques et représentations picturales sont particulièrement mis en valeur par la scénographie réalisée par les services techniques du musée qui s'avère particulièrement réussie avec, comme toujours en ce lieu, un grand soin apporté à la signalétique et au didactisme des cartels.

La musique à la Renaissance, un art de vivre du prince au gueux

C'est en quatre sections concomitamment topographiques, thématiques et intellectuelles que se développe le propos muséal qui invite à un passionnant tour d'horizon sur la place de la musique, investie d'un rôle non seulement symbolique mais également social et politique, dans la vie quotidienne au 16ème siècle.

Quant aux évolutions constatées, qui ne sont pas sans points communs avec celles affectant les autres arts, elles résultent de trois éléments : le goût de l'Antique, l'influence de la Réforme et l'essor de l'imprimerie qui permet l'édition et la diffusion des oeuvres musicales.

Au début était la musique sacrée et céleste.

C'est donc tout logiquement que l'exposition commence dans la chapelle du château - ce qui permet d'admirer le tableau restauré de Marco D'Oggiono, "La Cène" d'après Léonard de Vinci - avec notamment le triptyque dit de la "Vierge à l'Enfant entre anges et saints" et une représentation de "Sainte Cécile accompagnant à l'épinette le chant de quatre anges".

A ne pas rater au détour d'une salle une curiosité : les couteaux en acier gravé du texte du bénédicité mis en musique.

Mais la prééminence de la musique sacrée catholique basée sur la magnificence de la polyphonie dans le cadre d'une pratique savante de dévotion est battue en brèche par les mélodies et les chants vernaculaires préconisés par la Réforme qui désanctuarise la musique en favorisant sa pratique domestique.

La musique profane prend son envol avec le développement des genres, l'essor de la musique instrumentale avec la multiplication des chapelles de musique et la constitution de guildes de musiciens professionnels et l'émergence de grands compositeurs.

Quant à l"absence de réalité sonore de la musique de l'Antiquité est palliée par le recours à l'imaginaire puisant dans la mythologie.

Au fil de l'exposition, instruments précieux par la qualité du travail des luthiers côtoient les portraits de musiciens qui recèlent toujours une signification symbolique tels le "Portrait d'un flutiste borgne" et le "Portrait d'un jouer de viole" de Paolo Zacchia retenu pour le visuel de l'affiche.

Et les connaisseurs trouveront pour la première fois réunies les cinq gravures sur bois de la série sur le thème du concert.

L'exposition se clôt sur le thème de la musique d'apparat, outil de prestige des puissants, avec une salle consacrée aux fêtes et divertissements dans lesquels la musique accompagne les événements qui rythment la vie des princes.

Avec en toile de fond deux tapisseries de la tenture "David et Bethsabée", chef d'œuvre des lissiers flamands du début du 16ème siècle détenues par le musée, deux tableaux, dont la "Scène de bal Bal à la cour de Henry III" de Hieronimus Francken, illustrent le faste des bals princiers et l'importance de la danse comme rite social.

Le Musée National de la Renaissance présente une fois encore une exposition de qualité qui s'accompagne d'un catalogue totalement indispensable et bien conçu dans la mesure où les oeuvres présentées, et largement commentées, sont insérées dans le corps des essais qui circonscrivent les connaissances actuelles.