Ah ! Jean-Michel ! Jusqu’où nous emmèneras-tu ? Voilà trois ans que tu nous offres ta version de Versailles, le palais de toutes les promesses, ton épopée de la transformation du relais putride (que ne renierait pas un certain ogre aux oreilles en forme de trompette) en superbe gouffre financier. Après Un jour, je serai roi, puis Le Roi Noir de Versailles, voici le tome III : Les glorieux de Versailles ; suite et fin.

Versailles, fantasmé par Louis XIV, tremplin à la gloire de Lebrun, véritable pôle emploi du XVIIème siècle. Versailles pour cadrer un peu la fourberie et les bassesses des sujets de Louis XIV. Versailles pour élever la prétention d’un homme qui se prend pour le soleil en personne. Versailles qui tue les ouvriers sur un monumental chantier aux normes de sécurité inexistantes. Versailles qui fait monter le prix des terrains alentours. Versailles qui enrichit. Versailles qui ruine.

Vous allez me dire : mais qu’est-ce qui n’a pas déjà été écrit à propos de Versailles ? Ne connaissons-nous pas tout ? Les auteurs ont-ils encore quelque chose à raconter ? Oui, évidemment, puisque vous savez tous à peu près à quoi ressemble le palais. Après vous êtes demandé combien de personnes étaient employées rien que pour laver les carreaux, vous vous êtes forcément inquiété du temps qu’il a fallu pour le construire. Et là, vous avez eu une petite pensée pour ces dizaines de milliers de petites mains qui ont monté chaque centimètre de ce que vous aviez devant les yeux, sans tractopelle télescopique ni grue ascensionnelle.

C’est ce que Jean-Michel Riou a certainement imaginé. Il s’est donc arraché les côtes pour créer ses personnages, Jean Le Faillon : compagnon de père en fils, Amandine Pontgallet : petite fille du maître maçon du roi, Pierre Lobiot : peintre, Toussaint Delaforge, dit le roi Noir, un genre de chef de la mafia locale, voleur et assassin. Et les a mêlés aux réels Lebrun : premier peintre du roi, LeNôtre : jardinier de Versailles, Hardouin Mansart : premier architecte du roi… Et j’ai failli oublier Louis Dieudonné dit Louis le quatorzième, dit Le roi Soleil.

Les glorieux de Versailles s’étend de 1679 à 1682, ne retenez pas les dates, aucune importance, ce qu’il faut savoir c’est que 1682 marque l’installation de Louis et de sa cour à Versailles. Il faut donc se presser, que tout soit prêt, mais même s’ils vivront dans la poussière de plâtre et les échafaudages pendant encore quelques temps, ils s’installent. Le roi veut.

Le roman continue là où le précédent s’était arrêté, Amandine pleure la mort de son père et bénit sa Bonne étoile (qui est le pire ennemi de la famille). Jean aime Amandine, qui mène ce dernier par le bout du nez et ne lui porte pas de sentiment plus fort que l’amitié. Jean rêve de devenir peintre, lui qui vit dans une famille de maçon depuis des générations. Mais son père l’encourage, retrouve dans son fils l’énergie qui l’a lui-même poussé à s’installer à Versailles. Le Roi Noir a disparu, certainement mort et dissout dans les eaux de l’étang puant.

Mais le mauvais sort semble s’acharner dur sur les familles noyau du roman que nous suivons depuis le début. Des accidents, des morts, des fantômes, la ruine… Je ne vous en dirais pas plus. Surtout ne pas révéler les liens, les rebondissements et la suite. Seulement que j’ai adoré, j’ai plongé à yeux joints, un chocolat chaud à portée de main, des vivres sucrées, ma boîte à ronron sur les pieds… Comme j’ai apprécié le retour de l’hiver !

Jean-Michel Riou est de ceux qui savent parler aux lecteurs, il sait faire des clins d’œil aux fidèles et inviter les nouveaux à le suivre aveuglément (enfin presque, parce que ce n’est pas super pratique d’être aveugle pour lire la version que j’ai entre les mains). Il a cette manière d’écrire pour les curieux : par petits sauts en avant dans le temps, pour qu’on sache où ils sont arrivés, quelle décision a été prise, puis il nous narre les étapes du choix, les péripéties du chemin…

Pour le reste, lisez, vous apprécierez aussi le retour précoce de l’hiver et des doudounes.