Spectacle lyrique mis en scène par Jean-Luc Paliès, avec Magali Paliès, Rémi Jousselme à la guitare et Loreto Azocar (en alternance Karine Gonzalez ou Diana Regaño) à la danse.
Pour les mélomanes, les amoureux de la culture ibérique et pour tous les autres, curieux avides de découvertes et/ou amateurs de spectacle mêlant musique, chant et danse, la Compagnie Coïncidences vocales propose avec "Lyric Hispanic", un spectacle de qualité, professionnel - la précision s'impose au temps des acteurs multicartes qui se veulent comédiens-chanteurs-danseurs - érudit et envoûtant.
Même si le titre de ce spectacle est précis et signifiant notamment pour les musicomanes hispanophiles, il mérite quelques précisions pour les néophytes.
Car il s'inscrit aux antipodes de ce que la médiatisation a pu inscrire dans la mémoire collective qui fait rimer musique espagnole et espagnolade et qui l'associe à la trop célèbre gitane cigarière de Bizet, à l'opérette lopezienne roucoulée par Luis Mariano ou à la rumba flamenca des Gipsy King.
En effet, la compagnie a puisé dans un répertoire très particulier qui marque, à la fin du 19ème siècle sous l'impulsion de quatre compositeurs, Granados, Albéniz, Rodrigo et De Falla, le renouveau de la musique espagnole en hybridant la musique classique et la musique traditionnelle et introduit le registre vocal du "cante jondo", le chant profond nourri de la transcendance de chants populaires flamencos.
De belles lumières avec la scénographie sobre de Luca Jimenez et une direction judicieuse de Jean-Luc Paliès, qui ne verse ni dans le spectaculaire ni dans le pathos associé à l'âme espagnole qui, même s'il existe, pâtit souvent d'une transposition scénique exacerbée, mais privilégie le lyrisme expressif, permettent la fusion idéale de trois talents.
Par ailleurs, la construction du spectacle, qui inclut de l'instrumental et des solos de danse flamenco, permettent également d'équilibrer un opus qui fait la part belle au chant.
L'excellent guitariste Rémi Jousselme assure la partie musicale avec un brio sans ostentation et orchestre la partition des deux jeunes femmes brunes en élégantes et épurées robes confectionnées par Camille Stora et Alice Touvet qui évitent la robe gitane à pois et à volants, qui, miroir l'une de l'autre, leurs pas de deux sont superbes, transmettent ces histoires de sang, d'amour, de désir et de mort mais aussi, in fine, d'allégresse.
Dotée d'un beau tempérament dramatique, d'une technique éblouissante et d'une gestuelle aussi sensuelle que maîtrisée qui ne cède jamais à la démonstrativité, la danseuse et comédienne d'origine argentine Loreto Azocar captive.
Enfin, au chant, Magali Paliès dispose de trois atouts majeurs pour charmer et séduire : une voix de mezzo-soprano dont la riche tessiture lui permet d'aborder ce répertoire mélodique avec autant de profondeur grave que de chaleur et de fluidité, une vraie présence incarnée et une gestuelle harmonieuse.
Du bel ouvrage.
