Comédie de Molière, mise en scène de Michèle André, avec Jonathan Bizet, Hugo Brunswick, Arnaud Denis, Catherine Griffoni, Jules Houdart, Laetitia Laburthe-Tolra, Sébastien Lebinz, Hervé Rey, Stéphane Ronchewski, Jean-Laurent Silvi et Elisabeth Ventura.
Pour cette nouvelle version du "Misanthrope" de Molière, les décors sont de Vincent Parot et Philippe André, les costumes de Jean-Jacques Delmotte et la mise en scène de Michèle André.
Michèle André, qui n'entreprend toutefois pas de "revisiter" l'oeuvre originale, n'était sa transposition au 19ème siècle dans un Second Empire suggéré par les costumes, redingotes et crinoline, ne se perd pas dans la complexité des principaux caractères préférant en donner une lecture simple, presque monolithique, pouvant être aisément entendue de tous.
Ainsi, dans cette tragi-comédie qui traite de la comédie sociale dans le microcosme des courtisans et des salons et d'un amour impossible, Alceste est un ténébreux héros romantique soumis non au mal du siècle mais à une exigence pathologique de vérité qui évoque davantage l'affection névrotique que la rigueur morale soutenue par la raison.
Et c'est, après une introduction musicale hosseinienne, dans un élégant et épuré salon gris perle dont les immenses rideaux drapés sculptent la scène, que "Alceste, le misanthrope de Molière" se livre à ses vitupérations.
Après son exploration littéraire de la folie dans son opus seul en scène "Autour de la folie", Arnaud Denis, excellent comédien, campe avec aisance l'atrabilaire moliéresque qui morigène sur l'épaule de son ami Philinte interprété de manière sobre quasiment dépourvue d'affect par Jean-Laurent Silvi.
Quant à Célimène, à laquelle Laetitia Laburthe-Tolra prête un physique qui correspond davantage à la maturité féminine qu'à la jeunesse de celle qui brandit sa vingtaine comme un glaive invincible, elle s'avère le prototype de la mondaine qui pense que sa belle figure, son esprit et son statut de femme libre liée à son veuvage et l'indépendance financière lui permettent tout.
La confrontation demeure sur le plan de la société de l'imposture car, dans l'interprétation de cette pièce que Michèle André qualifie de "tragédie de la pureté" consistant en "une confrontation de l'Homme face à l'Eternel féminin et deux points de vue opposés sur l'amour" avec une Célimène "qui aurait pu conduire Alceste sur le chemin de l'Amour", la passion amoureuse ne transparaît pas dans sa charge charnelle et érotique. Célimène minaude et la fureur d'Alceste bien que démonstrative n'est pas sous-tendue par cette possessivité jalouse qui dévore l'amant.
Cela étant, déjouant les pièges des alexandrins, la diction est soignée et l'ensemble des comédiens assurent leur partition avec conviction.
Catherine Griffoni est impériale dans le rôle de la perfide Arsinoé. Dans le rôle de l'effacée mais néanmoins avisée Eliante, Elisabeth Ventura, qui pourrait être une surprenante Célimène, touche par sa grâce presque ingénue et Stéphane Ronchewski dans son interprétation vaudevillesque du rimailleur ampoulé Oronte dispense un véritable numéro d'acteur.
Hervé Rey et Jonathan Bizet, les petits marquis, Jules Houdart et Sébastien Leinz complètent la distribution d'un spectacle monté avec grand sérieux.
