Quelques notes enjouées de piano, une voix Hugues Aufrayenne : "une chose est sûre, aujourd’hui me pousse à renaître à la belle échappée". Bienvenue dans le monde d’Hugues Pluviôse et de son quatrième bébé : Immobile Hobo. Ce qui est sûr, c’est que "hobo" est la jolie traduction anglophone pour notre clodo national. Hugues se poserait donc en marge de la société, pas forcément ivrogne, mais certainement observateur de la société qui court, qui court, qui court comme une dératée après une quelconque futilité inaccessible (et superficielle).

Avant la musique, avant les textes, c’est la voix d’Hugues Pluviôse qui a accroché mes oreilles. Fort de collaborations et de compositions diverses depuis 1999 (le siècle dernier !), il serait fortement improbable que je ne n’ai jamais rencontré cette voix grave et posée, un genre de Dominique A qui ferait durer les voyelles (plus musicale donc).

En second viennent les textes, d’une poésie recherchée, obsédée de la métaphore (mais on ne lui en veut pas, il n’a gardé que les meilleures métaphores, parfois un peu clichées, comme l’arbre qui pousse à la verticale, magistral "Règnent les couleurs", ou la chûte dans "Avalanches"). Mais Hugues a une manière de susurrer et de chanter à la fois qui rendent les images pleines de sens.

L’ensemble de l’album a le goût du bilan, entre amertume et espoir. Quand l’un prend la place de l’autre si on le nomme, ou pas. "Comme de Schrödinger le chat" relate une expérience de physique quantique mettant en évidence le problème de la mesure, dont je vous passe les détails (Google est ton ami !). Le résultat développe l’idée que la mesure perturbe le système, dans le sens où un état n’existe qu’une fois qu’il a été mesuré… cet état ne préexiste pas à la mesure, c’est la mesure qui semble le faire exister… hum hum… mais qu’est-ce que je fais au milieu de ces théories ?

Bref, une bonne leçon pour nous dire d’arrêter de faire des hypothèses macabres sur un futur que nous ne connaissons pas ? Ou une complexe métaphore pour une prise de conscience sur les clichés que nous posons sur le monde qui nous entoure (genre : clodo = ivrogne) ? Mouais, pas évident tout ça.

Et si nous parlions de musique ? Beaucoup de piano pour ponctuer les longues phrases murmurées façon dandy-les-mains-dans-les-poches. Les plus exercés reconnaîtront un synthétiseur bien placé, et le duo basse-batterie pour donner une âme à tout ça.

D’un ensemble assez mélancolique, Hugues Pluviôse nous propose là un moment chic et élégant, sur fond de remise en question intérieure tournée vers l’avenir "Ne renoncerons-nous jamais à tous ces possibles qui nous traversent au matin ?" ("Une chose sûre").