Les MA Editions publient "Le collectionneur de chair", deuxième opus du quadriptyque noir placé sous le signe du silence ("Silent Screams", "Silent Victim", "Silent Kills", et "Silent Slaughter") signé C.E. Lawrence, alias littéraire de Carole Buggé, actrice, chanteuse, pianiste et enseignante dans des ateliers d'écriture, qui, de manière inattendue, se lit d'une traite.

De manière inattendue, car il ne se distingue ni par l'originalité de son intrigue, l'enfant traumatisé devenu serial killer, ni par la singularité de sa structure narrative, un roman d'enquête classique, ni même par sa figure principale, celle du profileur dont, de surcroît, l'implication effective est largement tributaire de ses bouffées dépressives.

Nouvelle venue consciente de la difficulté de la novation et de la concurrence ardue d'homologues consacrés, C.E. Lawrence a opté pour le parti-pris, qui présidait dès le premier volume paru en France sous le titre "Le cri de l'ange", de prendre le contre-pied des deux tendances majeures qui ont inféodé le genre, notamment dans sa déclinaison télévisuelle, à savoir le comportementalisme criminel avec l'étude du caractère dispensé par un psychologue médico-légal, synonyme institutionnel du profileur, et la sacralisation des indices traités par un bataillon d'experts scientifiques formant la police dite "scientifique".

En l'espèce, point de spécialiste de poil de mouche et le profileur Lee Campbell ex-psychologue libéral ayant intégré la police new-yorkaise, archétype du cordonnier mal chaussé, n'a rien de charismatique.

Polynévrosé, entre autres au regard de la gent féminine, traumatisé, dans l'enfance par l'abandon du foyer familial par le père, puis, à l'âge adulte, par la disparition non élucidée de sa soeur, il souffre depuis d'accès dépressifs virulents et s'avère souvent dépassé par ses émotions pulsionnelles déclenchées par les épisodes dramatiques.

Ainsi, elle ne s'épanche pas sur la pathologie familiale qui façonne la criminalité du meurtrier en série, dont au demeurant les traumatismes sont rapidement dévoilés par l'insertion de chapitres confessionnels, elle ne stigmatise pas les dérives sociétales et/ou institutionnelles dont l'analyse du profileur est le révélateur et, surtout, elle s'inscrit à contre-courant de l'idéalisation du profilage.

De plus, l'enquête se déroule cahin-caha sous la direction molle et erratique de Chuck Morton, capitaine d'une brigade de l'unité des enquêtes prioritaires du Bronx qui n'a rien d'un flic super héros et qui se trouve être son meilleur ami depuis l'université et dont l'épouse n'est autre que son ancienne petite amie qui, suite à la rupture qu'il a initié, s'est ainsi vengé par dépit pervers.

Et ce avec une équipe de bric et de broc plus que restreinte qui, en outre, doit faire face à l'arrivée d'une nouvelle venue, spécialiste en linguistique médico-légale surnommée la Walkyrie en raison de son comportement et de ses origines allemandes, précédée d'une réputation de franc-tireur. Heureusement il y a encore le bon vieux flic de terrain carburant à la bière et au donut qui résiste au nombrilisme métaphysique.

C.E. Lawrence charge donc la barque et cependant celle-ci ne coule pas. Le lecteur embarqué dans cette galère se cramponne à la rame et ne décroche pas, sans doute pour avoir le fin mot d'une histoire qui actionne des schémas communs à tous, celui de l'amour et de la perte et celui de la résilience, qui participent de l'empathie pour les personnages et de l'identification du lecteur.