Petite conférence théâtrale écrite et interprétée par Frédéric Ferrer.

Agrégé de géographie et comédien, auteur et metteur en scène fondateur de la Compagnie Vertical Détour plus spécifiquement dédiée au développement des transversalités entre arts de la scène et connaissances scientifiques, Frédéric Ferrer a écrit des petites conférences théâtrales, aussi doctes qu'humoristiques, pour tenter d'appréhender le monde d'aujourd'hui à partir de données scientifiques établies et de faits avérés passés à la moulinette tant de l'analyse critique que du bon sens.

Cette entreprise hardie et passionnante, destinée à l'élaboration d'un "Atlas de l'anthropocène", cette nouvelle ère géologique, initiée par la révolution industrielle, singulière et unique depuis l'origine du monde, caractérisée par l'action de l'homme devenue une véritable force géophysique agissant sur l'être et le devenir de la planète, se matérialise par une suite de cartographies, riches en métaphores, qui constituent autant pistes de réflexion sur la thématique abordée que sur l'état du monde.

Sur scène, tel un faux Candide doublé d'un "savant" tournesolien et d'un détective amateur actionnant ses petites cellules grises pour découvrir la face cachée de la réalité, Frédéric Ferrer délivre donc des conférences-spectacles ressortissant au genre performatif oral et à l'art de la rhétorique sur la déconstruction du discours fondé, notamment, sur la sacralisation de l'objectivité scientifique.

A ce jour, quatre cartographies sont déjà opérationnelles dans lesquelles s'hybrident, avec bonheur, la passion du savoir et du comprendre,la vulgarisation scientifique avec cette empathie qui n'est pas sans évoquer celle du feu physicien Pierre-Gilles de Gennes, même si ce n'est pas son but préférant participer à l'affûtage des consciences, l'humour désopilant à la manière de l'artiste-performer belge Eric Duyckaerts et l'absurde, tel qu'il découle d'un rationalité logique valéryenne mal tempérée.

Pour sa troisième cartographie, Frédéric Ferrer a voulu apporter sa contribution à une géographie des épidémies en narrant les tribulations de Albo, un moustique femelle de l'espèce aedes albopictus ou moustique-tigre, responsable de la transmission à l'homme de maladies graves dont notamment la dengue et le chikunguya, qui constituent une parfaite illustration de ce qu'il nomme "Les déterritorialisations des vecteurs".

De la forêt tropicale d'Asie, où Albo ne piquait que les singes, à Montpellier, où elle s'est reconvertie en piqueuse d'hommes, non pas par méchanceté mais pour pomper le sang indispensable à la ponte et donc à la perpétuation de l'espèce, il raconte une histoire étonnante.

Celle d'une étonnante décontextualisation liée au changement d'habitat doublée d'une mutation génétique permettant de s'accommoder de la différence climatique qui se traduit par une invasion mondiale selon la technique de la colonisation par progression en tâche d'huile chère au maréchal Galliéni, et qui n'est pas sans constituer une métaphore du phénomène migratoire.

Par application du principe d'exponentialité des effets des inconvénients cumulés, le risque sanitaire est donc préoccupant et Frédéric Ferrer invite le public à explorer les solutions pour se protéger voire éradiquer la moustique qui aime les hommes. Photos à l'appui, se révèlent les limites de la tapette et des recettes dissuasives de grand-mère, les inconvénients d'un mode de vie en combinaison de protection totale, déclinaison hightech de la tchadri, la dangerosité de la désinsectisation généralisée et l'impossibilité d'ériger un refoulement des moustiques aux frontières.

Aucune des méthodes traditionnelles, passées en revue de manière humoristique, ne s'avère totalement efficace pour arrêter le monstre qui devrait atteindre Paris en 2017.

Mais Frédéric Ferrer n'a pas encore dit son dernier mot : la politique de la guerre des creux, lieux d'eaux stagnantes idéales pour la ponte, la fuite vers les pôles, le moustique craint le froid, ou la philosophie du "plouf-plouf" constituent de savoureux et jubilatoires moments.

De quoi ramener l'homme maître du monde et de l'univers à sa juste mesure: celle d'un mammifère menacé par un insecte de trois millimètres. Mais il est vrai, dixit l'auteur, que vivre, c'est risquer sa peau.