Petite conférence théâtrale écrite et interprétée par Frédéric Ferrer.

Agrégé de géographie et comédien, auteur et metteur en scène fondateur de la Compagnie Vertical Détour plus spécifiquement dédiée au développement des transversalités entre arts de la scène et connaissances scientifiques, Frédéric Ferrer a écrit des petites conférences théâtrales, aussi doctes qu'humoristiques, pour tenter d'appréhender le monde d'aujourd'hui à partir de données scientifiques établies et de faits avérés passés à la moulinette tant de l'analyse critique que du bon sens.

Cette entreprise hardie et passionnante, destinée à l'élaboration d'un "Atlas de l'anthropocène", cette nouvelle ère géologique, initiée par la révolution industrielle, singulière et unique depuis l'origine du monde, caractérisée par l'action de l'homme devenue une véritable force géophysique agissant sur l'être et le devenir de la planète, se matérialise par une suite de cartographies, riches en métaphores, qui constituent autant pistes de réflexion sur la thématique abordée que sur l'état du monde.

Sur scène, tel un faux Candide doublé d'un "savant" tournesolien et d'un détective amateur actionnant ses petites cellules grises pour découvrir la face cachée de la réalité, Frédéric Ferrer délivre donc des conférences-spectacles ressortissant au genre performatif oral et à l'art de la rhétorique sur la déconstruction du discours fondé, notamment, sur la sacralisation de l'objectivité scientifique.

A ce jour, quatre cartographies sont déjà opérationnelles dans lesquelles s'hybrident, avec bonheur, la passion du savoir et du comprendre, la vulgarisation scientifique avec cette empathie qui n'est pas sans évoquer celle du feu physicien Pierre-Gilles de Gennes, même si ce n'est pas son but préférant participer à l'affûtage des consciences, l'humour désopilant à la manière de l'artiste-performer belge Eric Duyckaerts et l'absurde, tel qu'il découle d'un rationalité logique valéryenne mal tempérée.

Avec "A la recherche des canards perdus", la première en date sous-titrée "petite conférence sur une expérience scientifique pour mesurer la vitesse du réchauffement climatique dans l'Arctique", il propose de résoudre le mystère de la disparition, ou plus exactement de la non -réapparition, de canards polaires.

Et non pas de vrais palmipèdes autochtones mais de 90 jouets en plastique jaune que la NASA a largué en 2008 dans une crevasse du plus grand glacier du Groenland pour étayer la théorie selon laquelle les écoulements sous-laminaires entraîneraient la dérive du glacier vers l'océan et en accélèrerait donc la fonte.

A partir d'une hypothèse binaire imparable, les canards en dedans ou en dehors du glacier, il examine tous les scénarios possibles, du bouchon de canards à l'échappée nocturne de la flottille en passant par le kidnapping par les Inuits qui ont un contentieux sévère avec les Américains.

Ce qui donne lieu à des péripéties jubilatoires mais également à des constats consternants sur l'imbécilité des prémisses de certaines expériences scientifiques et à une conclusion peut-être moins inattendue qu'il n'y paraît : si les Américains sont de grands enfants, ils n'en connaissent pas moins le maniement de l'arme géo-stratégique.