Drame de Howard Barker, mise en scène de Chantal de La Coste, avec Sophie Rodrigues, Hervé Briaux et Anne Alvaro.
Pour sa première mise en scène, la scénographe et costumière Chantal de La Coste n'a pas choisi la facilité : une partition tragique, la direction de comédiens aguerris et le pari de faire camper des figures héroïques par des quinquagénaires.
Dans "Judith", le dramaturge britannique Howard Barker procède à réécriture d'un mythe biblique, celui de la décapitation d'Holopherne par Judith, qu'il place sous l'égide de l'amour et de la mort.
S'il n'en modifie pas le dénouement, il s'octroie toute liberté quant au caractère et à la motivation des protagonistes, à la nature de leur éphémère relation et au déroulement des faits.
Ainsi, Holopherne n'est plus le symbole de l'exterminateur bestial et lubrique mais un homme de guerre dont la violence conquérante et sanguinaire sur le champ de bataille cache une profonde détresse humaine, celle d'un mélancolique hanté par la mort qu'il côtoie et à laquelle il est confronté quotidiennement et un homme en manque d'amour, lui qui ne peut être aimé et qui a besoin d'être aimé. Il n'est pas assassiné pendant son sommeil après un banquet largement arrosé mais, se soumettant au fatum, en s'abandonnant à l'émissaire de la mort.
A Judith jeune veuve juive déterminée qui refuse la reddition de sa ville et imagine un stratagème pour approcher et tuer le général ennemi, exaltant la résistance juive et justicière guidée par Dieu, Howard Barker substitue une femme sentimentale choisie pour sa beauté pour se présenter comme une putain de la République instrumentalisée pour accomplir l'acte salvateur.
Entre eux, le miracle de l'amour fait accepter au premier de mourir de la main adorée et fait renoncer l'autre à sa mission.
Mais la novation la plus singulière concerne la servante de Judith qui n'est plus une simple porteuse du panier, mais l'emblème de la raison d'état et l'idéologue, celle qui a conçu le projet, qui veille à son bon déroulement et, surtout, celle qui accomplit le geste meurtrier et qui va devoir se soumettre à la mégalomanie d'une Judith métamorphosée par le désespoir.
Chantal de La Coste signe une scénographie sobre, une tente parée de rouge posée sur le sable du désert à côté de caisses et de casques militaires, un lit et un anachronique ventilateur de plafond, et une mise en scène classique relativement statique soucieuse de porter le théâtre de mots de Barker et qui ne bouscule pas les comédiens.
Hervé Briaux campe un Holopherne shakespearien confronté au destin funeste dont il avait la préscience. Si Sophie Rodrigues qui navigue toujours entre drame et comédie, Anne Alvaro, qui use à l'envi du tremolo, sa signature vocale, au point d'être parfois incompréhensible, tient une note unique qui édulcore les revirements émotionnels du personnage.
