Comédie dramatique de Saasallah Wannous, mise en scène par Sulayman Al-Bassam, avec Thierry Hancisse, Sylvia Bergé, Denis Podalydès, Laurent Natrella, Julie Sicard, Hervé Pierre, Bakary Sangaré, Nâzim Boudjenah, Elliot Jenicot, Marion Malenfant et Louis Arene.
La Comédie-Française a mis en scène, régulièrement, tout au long de son histoire, des turqueries pour la curiosité des Parisiens face à tout ce qui "peut être persan".
"Rituel pour une métamorphose" de Saadallah Wannous est un texte fort, traduit de l’arabe avec quelques maladresses et trivialités, sorte de fable inspiré des "Mille et une nuits", avec ses femmes toujours rétives et lascives, ses sultans retors, ses vizirs conspirateurs, ses Ali-baba naïfs, ses méchants sbires à sabre.
Le Mufti, homme de religion et de passions, piège le prévôt des marchands, Abdallah, cueilli auprès d’une prostituée renommée, Warda. Un échange a lieu avec la femme du prévôt, qui devient Almassa, et apprend très vite le savoir-faire de son nouveau métier.
Le Mufti est piégé à son tour, éperdu d’amour pour la catin sublime qu’il a "inventée". Insaisissable, l’ancienne épouse revendique une émancipation impossible qui la conduit à la mort. La Carmen des harems subit enfin le destin commun des rebelles.
Véritable étrangeté, non sans charme, la pièce est d’agréable facture, divertissante, émouvante par instants, truffée de références au pouvoir grandissant de l’Islam ultra-religieux, peuplée de travestis, d’eunuques, ce qui lui donne une tonalité très contemporaine, roulant un peu trop des sujets éculés, tel le mythe de la domination masculine, mais dans le contexte syrien, lui donnant une forme de véracité, et le spectateur ne s’ennuie pas, sourit, émerveillé par la mise en scène féérique de Sulayman Al-Bassam, très "cabinet des mirages" du Musée Grévin, avec des débauches de lumières, de crépuscules imaginaires, abandonnant l’action, lente, irréelle, pour rêver devant tant de beauté.
Trois comédiens magnifiques, Thierry Hancisse, Mufti cruel et ravagé de désir, excellent, dérangeant, redoutable, broyant Denis Podalydès, touchant, humain, juste, qui jette ses effets jusqu’au nu intégral, Sylvia Bergé, impériale, Warda de mythologie, immense comédienne comme toujours.
Enfin, Almassa, l’épouse devenue fille de joie puis pionnière de la Femme libérée, est incarnée par Julie Sicard, excellente et convaincante, malgré le côté un peu édifiant et kitsch de son rôle.
Toute la troupe est au niveau, comme il se doit dans cette maison. Un très beau spectacle, fascinant et hors-normes, pour oublier le minimalisme et se gorger de baroque et de fumées orientales.
