One woman show écrit et interprété par Caroline Gaget dans une mise en scène de Romain Thurin.
Humoriste brune dodue qui se démarque de ses homologues grandes soeurs trendy style Camille Chamoux, Caroline Gaget se rapproche davantage de la famille rouleau-compresseur brut de pommes/calva de la quadra Elisabeth Buffet.
D'autant que pour son one woman show intitulé "Lady Gaget", elle tape dans un noyau dur, celui du registre des filles des banlieues avec une galerie de portraits saisis sur le vif de la flopée de filles de la famille Quenouille version Créteil-2013 de la famille chti Groseille de "La vie est un long fleuve tranquille" de Etienne Chatiliez.
Car si depuis 1988 de l'eau a coulé sous le pont de la beaufitude celui-ci demeure indestructible et Caroline Gaget n'hésite pas à plonger dans le prosaïque, le vécu, le cru et le trash qui constituent le quotidien des filles perdues de HLM dont l'assurance agressive n'a d'égal que la naïve crédulité.
Et elle a bien boutiqué ses sketchs. La charge satirique est à peine caricaturale tant les portraits, saisis sur le vif, sont fidèles à la réalité et véhiculés par les émissions de téléréalité et les magazines dits "de société" dans lesquels s'épanche le vulgum pecus qui pense avoir une vie hors du commun ou être voué à un destin de star.
Par ailleurs, leur force comique réside notamment dans le vide intellectuel galactico-sidéral des personnages - dont elle donne une incarnation apocalyptique qui ne fait pas dans la dentelle - desquels figurent notamment la fan hystérique de Lady Gaga, l'artiste de l'audiovisuel pour public averti qui veut se reconvertir dans la tragédie racinienne, la gothique dépressive et suicidaire qui se prend pour un vampire et la participante idiote qui n'a pas compris les règles de "Secret Story".
Et les inénarrables mésaventures des pathétiques filles Quenouille narrées à l'aune de leur langue des cités, un langage vernaculaire dépourvu de vocabulaire et parasité par des onomatopées et cris et érigés en idée, font beaucoup rire par leur manière délirante et quasi-désespérée de se confronter à la vie tel un papillon se brûlant les ailes à la lumière.
Pourvue d'un sacré tempérament, Caroline Gaget enquille les compositions avec une virtuosité décapante. Bien évidemment, ça dépote et le rire est au rendez-vous car sa prestation, qui vaut bien une étude sociologique et une enquête en immersion en milieu socioéconomique défavorisé, est aussi roborative que ravageuse.
