Sur une thématique romanesque par excellence, celui du couple, Claire Castillon livre avec "Les couplets" un recueil de nouvelles en forme de mallette explosive.
Dans ce genre littéraire qu'elle pratique avec maîtrise et qu'elle décline dans tous les registres, du cruel au comique, du loufoque au pathétique, du dramatique au burlesque, une petite quarantaine de nouvelles courtes, parfois à peine quelques pages, constituent autant de bâtons de dynamite qui ne laissent ni espoir ni illusion sur la construction mythique de l'amour qu'est le couple.
Véritable petit traité subjectif de la conjugologie contemporaine, Claire Castillon explore avec une imparable lucidité les différentes configurations du couple hétérosexuel, passé le feu fusionnel de la passion originelle, passés les premiers émois, souvent inféodée à des besoins narcissiques et/ou objectaux et le bilan n'est guère enchanteur.
Certes, les gens heureux n'ont pas d'histoire et vivent sans doute bien cachés pour échapper au microscope de l'écrivain mais parmi les couples "cobayes" de Claire Castillon, seuls perdurent dans une relative félicité ceux qui tendent vers un but commun : vivre pour manger dans une régression vers l'oralité assumée ("Les courses") ou pour élever un enfant né "sur le tard" ("Enfant de vieux").
Les "vieux couples" qui résistent au divorce finissent invariablement au mieux dans l'amertume des compromis ("Les concessions") au pire dans la haine de l'autre ("La fin").
Le couple est donc une entité éphémère inéluctablement destiné à disparaître. Par explosion, en premier lieu, sous l'effet délétère de tiers : ainsi les patientes du mari gynécologue qui bénéficient d'une hotline gratuite ("Brûlure"), l'ex-épouse tyrannique du mari remarié et culpabilisé ("Son ex-femme") et les enfants, les siens ("La famille") comme ceux de l'autre dans les familles recomposées ("Famille recomposée").
En second lieu, par implosion car le couple est son pire ennemi recelant en son sein deux individus qui fabriquent "l'un contre l'autre et en secret des anticorps" ("Un grand appartement") au point de devenir colocataires ("Les cohabitants") quand ils ne finissent pas ennemis du fait même, non seulement par le fait de l'infidélité ou de la jalousie, mais de la personnalité des individus qui le composent.
A une exception près, toutes les nouvelles sont écrites, à vif, à la première personne par l'un des deux protagonistes, homme ou femme délivrant un seul son de cloche, dont la plupart sont autocentrés sur leur épanouissement personnel, le bien-être du célibat, la crainte de l'engagement et le paradoxe, essentiellement féminin, selon lequel il faut être aimée mais ce n'est pas agréable d'être traitée comme une princesse car "une femme exulte dans la frustration" ("Rhett Butler", "Rupture").
Epinglant ses contemporains avec la précision d'un entomologiste, après "Insecte", "On n'empêche pas un petit cœur d'aimer" et "Les Bulles", Claire Castillon ajoute un nouvel opus à sa collection d'historiettes naturalistes, qui contiennent toujours une morale, dans le sens lafontainien du terme.
A lire de manière homéopathique car quand elle enfonce l'épingle, ça fait parfois mal.
