"Quand les Français admettront-ils que la seule révolution dont ils ont encore besoin est celle qui transformera notre idéologie et notre législation du travail ?" Telle est la bonne question que s’est posée Jérôme Chartier, député de la 7ème Circonscription du Val-d’Oise, maire de Domont et président des Entretiens de Royaumont (qui est un rendez-vous de la réflexion politique française). Oui, j’avoue, tout ceci a de quoi filer la migraine sans baguette magique.
Et bien même pas ! Dans Eloge du travail, Jérôme Chartier a un évident talent d’orateur (avant celui d’écrivain). Celui qui explique sans bêtifier, celui qui choisit les mots et les place au service de son implacable réflexion, et nous amène à y adhérer. Cet essai est avant tout destiné à poser une question, proposer un avis, donner envie de chercher plus loin, tout en regardant en arrière le pourquoi du comment de l’actuelle situation. Comme dirait Mémé, quand c’est bien dit, on est toujours d’accord…
Certains diront que ces jean-foutre de politicien n’ont que ça à faire de nous bassiner avec leur paroles sans suite. Je ne suis pas d’accord. Peu habituée à ce genre de littérature, j’ai été agréablement surprise de me passionner pour la lecture de cette poignée de pages. Comment ça c’est l’âge ? Pas du tout.
Plus vivant qu’un discours pré-écrit destiné à endormir les foules, plus facile à suivre qu’un débat aux représentants s’insultant et se coupant la parole, plus poussé qu’un blabla d’investiture. Une vraie réflexion aboutie sur le travail en France. En long, en large et en hauteur. Des définitions inhérentes à l’introduction d’un tel ouvrage, des comparaisons avec les pays européens (commencent à m’énerver ces baltiques soi-disant parfaits).
Jérôme Chartier définit clairement la place du travail dans notre bonne vieille Gaule et il n’a pas la meilleure… Parce que nous sommes une majorité à penser qu’il est une contrainte, qu’il sert à remplir le frigo et nous l’associons trop souvent au chômage et à la précarité. Justement, la solution au chômage passerait-elle par le regard porté sur le travail et les travailleurs. Etrange France où le CDI cassable à tout moment est finalement plus précaire qu’un CDD déterminé. Bizarre quête de l’emploi de fonctionnaire qui a pourtant fort mauvaise image.
Normal quand la notion même de travail a été abordée en "privilégiant les salariés en place plutôt que ceux qui veulent entrer dans le marché du travail, et en donnant la préférence à la lutte contre le chômage plutôt qu’à la création d’emplois. Et on a oublié que c’est l’activité économique qui finance les emplois !".
Un peu comme une mauvaise enquête, dans laquelle l’instigateur suit une fausse piste, rejetant tout indice adjacent, ne validant pas sa thèse, mais soutenant la bonne. Oui mais voilà, que faire ? A défaut d’être miraculeuses, (quoique) des solutions existent ou en tout cas, Jérôme Chartier donne des pistes sérieuses, valant mille fois mieux que les combats de taux et les promesses de croissance.
Tout commence par une politique de courage. Ce n’est pas gagné, mais c’est le combat à mener pour la suite. Notre suite.
