Spectacle conçu par le Teatro Praga d'après les oeuvres de William Shakespeare et Henry Purcell, sous la direction de Pedro Penim, André E. Teodósio et José Maria Vieira Mendes, avec Joana Barrios, Diogo Bento, André Godinho, Cláudia Jardim, Diogo Lopes, Patrícia Da Silva, André E. Teodósio, Vicente Trindade, Daniel Worm d'Assumpção et les solistes Rui Baeta et Sandra Medeiros.
Avec le collectif lisboète Teatro Praga, rien de nouveau sous le soleil, le jeune théâtre portugais s'alignant sur les dogmes communs d'une frange de la création contemporaine qui exulte dans la présentation de versions potaches des pièces du répertoire sous couvert de "fakisme" pour non seulement "se libérer" de son cadre formel mais en dénaturer le fond pour lui "(re)donner sa véritable dimension".
Prenant pour cible "The Tempest" la pièce de Shakespeare et l'opéra de Purcell, il ne reste des oeuvres originales qu'une trame "revisitée" et quelques chants, au demeurant superbement interprétés par le baryton Rui Baeta et la soprano Sandra Medeiros qui maintiennent le cap lyrique nonobstant la substitution de partition, la musique baroque étant remplacée par le mix disco/french-house de Xinobi et Moulinex repésentants de la jeune scène electro portugaise.
Le spectacle est donc placée sous le signe de la jeunesse mais tout y a un air de déjà vu et entendu, de la scénographie "algeco" remplacée par une volière de zoo à l'utilisation surabondante de la vidéo, vidéo "crade" ou camera au poing à la Warlikoswki auquel le collectif emprunte également son concept de théâtre de la saturation, de la mise en abîme, spectacle dans le spectacle montrant l'envers du décor avec les états d'âme des acteurs à la déconstruction à la Vincent Macaigne.
De plus, il s'inscrit dans la filiation d'un genre de théâtre populaire vieux d'un siècle, celui du théâtre de revista dont il reprend les codes, qui mêlait théâtre, musique et satire. Mais s'il en a, pour certains, la fonction distractive, il n'en a pas la fonction réflexive.
Alors amusons-nous donc à voir, entre autres, le naufrage du galion devenu celui d'un chriscraft de bobos en goguette, l'île transformée en club de vacances, Prospero, le deus ex machina shakespearien devenu metteur en scène aux prises avec les affres de la création (André E. Teodósio parfait dans la posture de l'artiste au look beatles), l'innocente Miranda (Joana Barrios), qui aime les sucettes à l'anis, sucer des glaces à hauteur de ceinture d'un Ferdinand quinquagénaire muet en pourpoint tout droit sorti d'un musée de cire (Vicente Trindade) et la performance de la plantureuse rousse fellinienne Cláudia Jardim dans le rôle de la sorcière.
Saturé de lumières et d'images, le spectacle est également saturé de paroles en haut débit. Et, en l'espèce, guère de langage parlé : ça crie, apostrophe, hurle, vitupère dans une logorrhée verbale aussi frénétique que la gestuelle des poptagonistes qui relève de la performance.
