Comédie de Israel Horovitz, mise en scène de Léa Marie Saint Germain, avec Pierre Edouard Bellanca, Simon Farud, Pierre Khorsand, Arnaud Perron et Nathalie Bernas (en alternance Léa Marie Saint Germain)

Ah, le bonheur de trouver une pépite ! De rencontrer la perfection, l’énergie, la joie pure, au Théâtre, et de crier, non pas dans un "bouche-à-oreille" qui ferait exploser le tympan, mais de crier vraiment : Allez-y !

Le thème : une file d’attente. Le lieu : nulle part, en Amérique, ou tout près. L’enjeu ? L’humanité, tout simplement.

Un homme, posté devant une bande collante qui signifie "Attendez ici", (genre "zone de confidentialité" ou autre horreur à troupeau) peu éveillé, genre sportif, est bientôt rejoint par une brochette de prochains, indésirables, preneurs d’espace, pousseurs , rusés, spécimens d’"autre", prêts à tout pour gagner une place. Il a la force brute, ils ont de l’imagination et de la rouerie à revendre.

Il y d’abord Stefen, le pire, un ressort enroulé autour d’un blouson, qui détourne l’attention, qui propose dix réflexions au cerveau débordé du sportif, qui n’a pas l’habitude, personnage zizanesque et trublion irrésistible incarné par l’incroyable Simon Fraud, retenez ce nom, Simon Fraud, formidable de drôlerie, d’ingéniosité, souriceau rentrant dans la trompe du lourdaud.

Les autres ne sont pas piqués des vers non plus : le sportif, d’abord, auquel Pierre-Edouard Bellanca prête une paupière lourde, une masse corporelle imposante et une irrésistible et cruelle épaisseur dans la "compréhentitude".

Puis il y a un sinistre, un méchant, un sombre cravaté, c’est Pierre Khorsand (de la dynastie) et c’est aussi un formidable comédien. Quant à la femme, car dès qu’il y a femme, la file d’attente devient folle, c’est la succulente Nathalie Bernas (en alternance avec Léa Marie Saint Germain) épouse nymphomane affublée d’un mari geignard et compréhensif par impuissance, Arnaud Perron, drôle et grimaçant, évoquant les burlesques muets, mais il parle et on jouit de le voir souffrir !

Quelle troupe ! Quel souffle !

La pièce de Israël Horovitz, comme toujours, est un diamant et la mise en scène démente, diaboliquement réussie de Léa Marie Saint Germain (douée, mais douée !) , servie par cette kyrielle de comédiens frénétiques, font de ce spectacle un des meilleurs proposés actuellement, bien loin des "seuls-en-scène" pauvrets et sinistres, du Théâtre, du vrai, du saignant, de l’incarné, avec du monde qui joue, qui transpire, qui brûle.

Un des meilleurs…ou "le Premier" ?