Spectacle conçu et mis en scène par Olivia Grandville d'après l'oeuvre de Isidore Isou, avec Vincent Dupont ou Hubertus Biermann, Olivia Grandville, Catherine Legrand, Laurent Pichaud, Pascal Quéneau et Manuel Vallade.

Après "Nouveau roman" de Christophe Honoré, Le Théâtre de la Colline accueille avec "Le Cabaret discrépant" de la danseuse, chorégraphe et metteuse en scène Olivia Grandville un deuxième spectacle inspiré par les "avant-gardes" des années 50-60.

En effet, il est inspiré du "Manifeste de la danse ciselante" de Isidore Isou, homme omniscient et fondateur du Lettrisme prônant la poétique des sons et la déconstruction du langage mais également préconisant, et prédisant, la mort de tous les arts, que Olivia Grandville considère comme un "catalogue prémonitoire des enjeux qui animent la danse contemporaine".

Un demi siècle après, les arts, même si certains ont des gueules cassées, sont toujours vivants ce qui permet à Olivia Grandville de présenter un spectacle pour public averti versé dans le lettrisme et la danse contemporaine pour en apprécier le miel.

Pour les autres, la résonance sera toute autre car ce que prône Isidore Isou, qui se prend, et est pris, très au sérieux, tout cela paraîtrait bien loufoque s'il n'était déjà vu et revu.

Car ses "élucubrations" théoriques s'inspirent directement de celles des mouvements humoristico-artistiques de la fin du 19ème siècle et de l'Avant-garde menés par les joyeux lurons qu'étaient les Incohérents, les Hydropathes, les Fumistes et même Tzara, le pape Dada qui ont également trouvé des successeurs avec les chantres de l'art conceptuel.

La première moitié du spectacle, en forme d'happening, en ce qu'il ne s'agit pas d'un happening au sens premier du terme mais de sa représentation, se déroule dans les espaces d'accueil du théâtre bardé de slogans et citations et dans une joyeuse cacophonie où les officiants scandent des textes de Isidore Isou.

La deuxième partie a lieu en salle où, après le défilé d'un enregistrement sur l'histoire de la danse, les danseurs, emperruqués et lookés vintage années 60, exécutent, dans tous les sens du terme, les fameux ballets "ciselants" qui vont de la danse des lèvres à l'anti-ballet avec une scène vide en passant par le ballet de l'immobilité.

Le moment le plus réussi est sans doute l'intermède ludique et décrispatoire de la projection aller-retour scène-salle de poireaux et fleurs artificielles évocatrice simultanément du lancer de fleurs et du lancer de tomates.