J’aime les romans policiers, ceux qui vous tiennent éveillé jusque tard dans la nuit, ceux bien écrits, dont la trame élaborée vous imprègne jusqu’à la moelle, jusqu’à repousser au plus tard la "pause bathroom", vous savez bien quand on ne tient plus à se tortiller au fond du lit.

C’est donc avec un plaisir savoureux que j’ai ouvert Dans la peau du diable de Luke Delaney son premier roman.

L’auteur nous introduit d’emblée dans l’esprit du tueur par une focalisation interne où la première personne permet de faire corps avec l’ennemi. Le début semble original, alléchant même, mais l’immersion qui suit, dans la quotidien de l’inspecteur Sean Corrigan m’a laissée plus pantoise. En effet, bien que Sieur Delaney fasse partie de la police londonienne, je me suis sentie un peu blasée par l’enchaînement des stéréotypes descriptifs que bon nombre de polars recèlent, de la tapisserie trop jaunie au bureau un peu vide, de la vie familiale délaissée à des litres de café ingurgités…

Le roman est construit selon un schéma binaire traditionnel alternant la vie du tueur et celle de l’inspecteur. La particularité de ce roman : l’inspecteur ayant lui-même été victime d’atrocités dans son enfance a développé un sorte de sixième sens pour sentir et même comprendre l’inhumanité. J’avoue que là aussi j’ai eu du mal à m’immerger, alors que tout le monde tombe à côté, ce cher Inspecteur Corrigan parvient à trouver la faille, relier des meurtres qui n’ont rien à voir et sentir dans les yeux du tueur sa propension au meurtre. J’ai apprécié en revanche le côté très sombre, un univers noir à la James Ellroy et même un quelque chose de Sade dans la manière de traiter le plaisir et la douleur, l’extase ne pouvant venir que de la mise en scène morbide comme dans le deuxième meurtre de Heather Freeman.

On peut reconnaître une minutie extrême dans la description de l’enquête et de ses rouages, une distance qui est parfois trop grande. En effet le style est froid, détaché, on a le sentiment de regarder une suite d’actions mais sans éprouver de l’empathie et les longueurs s’accumulent, déjà dans la redondance du premier meurtre, celui de Daniel Graydon décrit quatre fois.

Même si on peut reconnaître une certaine originalité dans le traitement romanesque, par une construction d’un monde qui n’est pas strictement manichéen et un souhait de mettre à nu les rouages psychologiques d’un tueur, il est difficile de s’immerger vraiment dans ce roman qui manque de rythme. Luke Delaney a des qualités d’écrivain, de l’imagination, une plume soignée mais il manque encore ce petit quelque chose qui fait que l’on s’accroche, à perdre le sommeil.