Comédie dramatique de Pierre-Alain Leleu, mise en scène de Nicolas Briançon, avec Dany Verissimo, Pierre-Alain Leleu, Michel Dussarat et Jacques Brunet.

Le divin marquis... Celui qui libère en enchaînant ne cesse d'exciter les auteurs et d'attirer un public qui s'ennuie d'être bon et civilisé... ou dressé. La Bastille, prison vide ou presque et phantasmes des futurs Révolutionnaires.

Sade, transféré depuis Vincennes, découvre une nouvelle geôle et un nouveau geôlier, bête, brutal, stylé tout de même, car l’Ancien régime sait se tenir. En tête à tête avec la Mort, ou une femme, ou son désir violent, le génial marquis devise, s’exclame, gémit et éructe.

Si Pierre-Alain Leleu, l’auteur de "D.A.F. Marquis de Sade", assez à l’aise avec le subjonctif, s’en sert parfois excessivement pour pallier une certaine pâleur de l’action, les comédiens, dirigés par un Nicolas Briançon égal à sa réputation, ne déçoivent pas.

L’auteur joue, Pierre-Alain Leleu, incarnant un Sade diabolique à souhait, avec conviction, force et étrangeté. Il est sadien effrontément. Le gardien, c’est Jacques Brunet, excellent comédien "à l’ancienne", intense de métier et de désinvolture étudiée : Bravo !

Le drôlatique Michel Dussarat, dans un travestissement dont il a le secret, joue un prêtre-nonne délirant, tout en jambes fuselées - que lui envieraient les pensionnaires du Lido - tandis que la très gironde Dany Vérissimo donne une touche féminine qui provoque raz-de-marée, typhons et coups de sac à main des épouses du public.

Sade rit surement (sans accent circonflexe) beaucoup de cette représentation échevelée, mi-sérieuse, mi-blasphématoire, portée par la présence physique de Pierre-Alain Leleu et la jubilation causée par cette prose ravageuse.