Le 23 octobre 2012 fut sans doute une date marquée d'une croix rouge sur l'agenda des chatophiles geluckiens, même si les informations de la veille ne faisaient pas état de bivouac avec tentes Quetchua devant les grandes enseignes bédéistes.
Car voilà deux années que les fans se morfondaient dans l'attente du 17ème tome de la saga du Chat, qui va bientôt atteindre sa trentième année et est devenu quasiment une institution attestée par l'entrée de son papa de plume dans le dictionnaire.
Et le millésime 2012, intitulé "Le Chat Erectus", est proposé à la vente en coffret "luxe" - à tirage limité qu'ons se le dise - contenant un album XVII bis inédit intitulé "Le Chat Sapiens" et deux DVD de la Semaine du Chat correspondant à la première saison du dessin animé diffusée sur la télévision belge.
Comme toujours, le trait d'humour ne passe pas tant par la ligne claire du dessin minimaliste que par les phylactères qui jouent de toutes les formes de comique et la composition de ce nouveau volume ne déroge pas à celle devenue récurrente des albums du Chat, quant à la diversité formelle usant selon le cas de la case, du strip ou de la planche de BD, en noir et blanc ou colorisé.
Faux Candide qui manie un humour inquiet à la Woody Allen, le Chat fonctionne comme un détecteur de la bêtise atavique, de la connerie ambiante et du conformisme imbécile véhiculé par les lieux communs et les idées reçues. Il joue également le rôle de panneau de signalisation pour dénoncer tant les dérives sociétales contemporaines que les carottes et chiffon rouge agités devant les naïfs et les crédules.
Mais s'il dispense des sentences imparables qui ressemblent parfois à des brèves de comptoir, le gros matou aux allures d'avatar de Boudha manifeste également une forte propension au questionnement métaphysique pour lequel son mentor ne lui octroie souvent qu'une case ou un strip à 3 cases pour dispenser la quintessence de sa cogitation, ce qui fait qu'il est devenu expert en gag comme dans l'art de l'ellipse pour énoncer pensées et aphorismes qui n'hésitent pas à user d'absurde et de provocation.
Même omniprésent, le Chat partage l'affiche avec des personnages anonymes dont des animaux comme les hérissons qui plantent des aiguilles dans une auto-vaudou.
A l'instar du détournement de cartes postales anciennes pratiqué par les Suisses Plonk et Replonk, quand l'humour belge et l'humour suisse se rejoignent, Philippe Geluck donne la parole aux images d'antan en insérant des bulles... édifiantes.
La nouveauté de cet opus tient à l'insertion de dessins d'actualité politique car pour ce qui est du politique, le Chat, qui se mêle de tout avec autant de pertinence que d'impertinence, n'a pas attendu qu'il lui pousse des moustaches pour s'emparer, sans tabou ni autocensure, de tous les sujets de société qu'il traite en alliant le comique, la satire, la parodie et même le non-sens.
Et, dans ce registre, avec son sens du raccourci, Philippe Geluck peut être d'une redoutable efficacité. Ainsi, s'il faut en citer un exemple, celui sur l'affaire DSK, au demeurant incontournable compte tenu du battage médiatique suscité, ainsi résumée : "Le coup de bite qui change l'histoire de France !"
"Le Chat Erectus" ressortit de la compilation de dessins sans thématique ni fil conducteur.
Sans être un cru exceptionnel, ce 17ème volume confortera les Chat's addicts et, pour les néophytes, constitue, par sa diversité compilatoire, une bonne introduction à la vivacité décapante de l'humour geluckien et une bonne raison de découvrir la saga du Chat.
Allez, zou ! Trêve de bla-bla. A découvrir et à savourer par soi-même. Et comme dit l'auteur sur son website : "Si t'as pas lu le Chat, lis-le !"
