Récit dramatique de Leïla Cukierman, mise en scène de D' de Kabal, avec Leïla Cukierman, D' de Kabal et Nina Miskina.

"Comme une isle" est un récit de Leïla Cukierman où elle raconte son histoire, entremêlée, complexe, lourde des deux héritages : celui de son père, juif, rescapé de la Shoah, de sa mère métisse des Antilles descendantes d’esclaves. La proposition de Leïla Cukiermen est de relancer le combat contre l’injustice en s’appuyant sur cette histoire.

Le spectacle commence où elle surprend deux jeunes adultes noirs (D’ de Kabal et Nina Miskina) au moment où ils s’apprêtent à partir en découdre. Elle les oblige à faire une pause : oui ! pour se battre mais pas sans histoire, pas sans les cris et la dignité des manifestants du passé.

Son récit est sa chair et son sang : "Je suis noire, je suis juive, je suis communiste". La protestation et le combat pour conserver son statut d’homme, de femme, de frère, de sœur, au-delà des différences d’origine et de couleur de peau se doit d’être aussi un projet politique et une vigilance de chaque instant.

Que les ennemis soient moins clairement reconnaissables n’empêchent pas que des situations de domination d’un groupe sur un autre perdurent : les logiques financières des marchés appauvrissent les uns pour enrichir les autres… au mépris du respect et des égards dus à tout homme, toute femme qui travaille pour faire vivre sa famille décemment et en sécurité.

La mise en scène de D’ de Kabal repousse les limites du prévisible. En associant le rap et le slam et en invitant la chanteuse belge d’origine congolaise Nina Miskina, il inscrit le parcours de Leïla Cukerman dans le temps présent qui n’a rien perdu de sa violence, qui gronde toujours aux portes des cités. La résistance contre la tyrannie, contre des privilèges fondés sur une origine sociale s’organise alors ensemble, main dans la main. Peut-être à l’extérieur des partis politiques qui ont trop déçu, dans une société civile consciente de son pouvoir et qui garde la mémoire des luttes du passé.

D’ de Kabal, Nina Miskina et Leïla Cukierman semblent faire un pied de nez aux communautarismes exacerbés pour prôner le grand rassemblement pour des intérêts communs qu’on soit noir, femme, juif, ouvrier… à l’image d’une personne comme Leïla Cukierman issues de deux histoires.

Ce spectacle se veut passerelle entre les générations conduisant aussi de par les continents de l’Afrique, de l’Asie, des Etats-Unis, de l’Europe, encourageant chacun à ouvrir les yeux, à apprendre l’Histoire, à se protéger des manipulations politico-médiatiques. Bref à s’engager.