Texte de A-R Gurney, mise en scène et interprétation par Isa Mercure et Gilles Guillot.

La fameuse pièce de A-R Gurney est jouée de nouveau au Lucernaire.

Deux jeunes américains, un garçon de la classe moyenne, choyé au sein d’une vraie famille, aime une petite fille capricieuse, riche héritière de parents déchirés et divorcés qui ne lui laissent que leur argent.

Tout au long de leur vie, Thomas et Alexa s’aimeront pour de vrai, se perdront, se regretteront. "C’est la vie", comme le disent les Américains, en français dans le texte.

Ces "Lettres d’amour" (pourquoi fichtre cette non-traduction du titre qui serre le cœur ?) permettent de traverser des décennies d’histoire et d’événements, par le prisme de la passion pudique.

Sur scène, deux immenses comédiens, dans une mise en scène certes minimaliste, Isa Mercure, tout bonnement merveilleuse, dont le registre va de celui de la petite peste à la femme du monde esseulée et au peintre incompris, fait face à une vieux jeune homme, Gilles Guillot, parfait en adolescent américain attardé, en homme veule et en époux soumis de dragon embagué. Leurs échanges sont vifs, moqueurs, tendres, avec quelques grossièretés scrupuleusement traduites, estampillées "whisky-Prozac", à mâchonner d’une voix pâteuse.

On rit, on s’émeut, les monstres s’observent, se boudent, se manquent, ratent tout avec ce talent humain et tellement moderne du gâchis. Mais surtout, quel bonheur rare de voir des comédiens, sans moyens, sans effets, si bien exercer leur art !

Du théâtre, de la comédie, de l’émotion ? D’abord, de l’humain, et cela, c’est toujours nouveau.