Batteur d'un groupe de rock, ce n'est pas un job toujours enviable. Alors que les groupies offrent le plus intime de leur tenue vestimentaire à un chanteur forcément beau et charismatique (sic), le gars derrière ses fûts se doit de tenir le rythme contre vents et marées, suant, hahanant, pourtant tout biceps dehors sans attirer l'attention outre mesure, au point que souvent même l'ingénieur en charge de l'éclairage de la salle en oublie son existence. En plus tu imagines un batteur, avec sa batterie sur le dos en train de venir jouer la ritournelle sur une plage ou dans une colo de vacances ? Non vraiment, c'est pas chouette la vie de batteur.

Alors du coup, il fait quoi le batteur ainsi ignoré ? Et bien il tente de s'affirmer, il crie à la face du monde de sa voix plus aiguë que l'on imaginait que non, il n'est pas qu'une machine à cogner sur des fûts, à la consommation de déodorant démesurée. Alors il fait un album avec une section rythmique mixée bien en arrière, ponctuant gracilement les mélodies sans les envahir (et on pense évidemment au pauvre bougre qui se retrouve à son tour aux baguettes. Et puis il chante des mélodies douces et mélancoliques, avec quelques choeurs, un peu de piano, quelques nappes de cordes pour faire romantique. Autrement dit, il fait un album si possible très éloigné des groupes pour lesquels il officiait jadis.

En l'occurrence, Andy Burrows n'était donc pas connu outre mesure comme batteur des Razorlight et encore moins des We Are Scientists pour lesquels il a occasionnellement officié dans l'ombre. Alors certes, il y eut une première tentative à côté de laquelle je suis passé (I Am Arrows) et une autre presque tout aussi insignifiante et pourtant plutôt intéressante en duo avec Smith des Editors sous le nom fort original de... Smith & Burrows. Pour autant, l'album vaut le coup d'oreille, le "groupe" y reprenant humblement mais justement quelques standards pop rock.

Tout cela nous amène donc à ce premier disque sous son nom propre pour enfin espérer un brin de reconnaissance musicale. Burrows a un joli filet de voix un rien charmeur, voire crooner comme sur le chaloupé "Maybe you". Propre élégant, bien ficelé et limpide comme de l'eau de roche. Trop peut-être, ce qui confère à l'album un air de musique facile pour emballer en 10 leçons. Les trompettes qui débarquent brutalement ajoutent certes un côté désuet et efficace à la chose mais donne une vague impression d'écouter Sacha Distel plutôt que Richard Hawley. De là à dire que cet album s'adresse plutôt à la gente féminine, il y a peu.

Dans un sens avec les effets sur la voix, doublée et supportée par des choeurs, Burrows poursuit son travail dans la droite lignée de ce qu'il avait entamé avec Smith. Mais ce qui était de sympathiques reprises l'an dernier se transforme ici en chansonnettes parfois un peu sans saveur. Certes, certains titres s'écoutent avec plaisir (coupable, quand même, on n'ira pas faire écouter l'album à son voisin qui rentre du concert de Godspeed You! Black Emperor et qui va demain à celui de Grizzly Bear).

Pour autant, Burrows fait merveilleusement bien son job de beau gosse et quelques morceaux sortent du lot tout de même. Les plus simples en fait, de jolies chansons mélancoliques propres sur elle. Même "Hometown" pourrait être sympa si elle ne ressemblait pas tant à une chanson chorale pour défendre une cause humanitaire. Plus classe que Les Enfoirés mais moins que "Heal the world" quand même.

Pour résumer, Burrows chante bien, il est beau, il en a marre de jouer de la batterie et devrait enfin trouver son public de jeunes prêts à tomber en pamoison lors de ses concerts. Espérons qu'il se sente mieux et mette à profit son talent vocal sur des chansons plus matures à l'avenir, mais les ingrédients sont là.