Comédie dramatique écrite et mise en scène par Anna Nozière, avec Virginie Colemyn, Fabrice Gaillard, Camille Garcia, Martial Jacques, Claire-Monique Schere et Delphine Simon.

Une comédienne de théâtre, enceinte, s'aperçoit que son enfant ne se développe plus. A cinq mois de gestation, en parfaite santé, le bébé à naître fait une pause. La mère, de même, entre deux répétitions. Mais le spectacle continue. Et le monde de se déchaîner contre ce théâtre qui laisse jouer et laisse vivre.

Thème étrange, symbolique, où il est question de féminité, de doutes, de la mère écrasante, du père recherché, mais aussi du théâtre, autre ventre, aux développements chaotiques, "La petite" est une pièce dans la pièce, comme l'enfant est des deux parents. Comment ne pas penser au film "Eve" (sur le théâtre) avec le rideau levé et baissé sur des spectacles jamais vus ?

Beaucoup d'ironie, à propos d'un certain théâtre intellectuel, aux comédiens pétrifiés, engoncés dans des poses déshumanisées, pantins désarticulés, aux nus indispensables (il y en aura un, à l'extrême fin).

Anna Nozière s'amuse et nous ballotte. Metteur en scène et auteur, elle invite une conférence de presse loufoque et irrésistible. Puis elle règle un ballet semi-contemporain. Jette quelques lueurs de bougies baroques. Elle n'a aucune mesure et bouleverse toutes les règles.

Sa troupe de comédiens est épatante : Virginie Colemyn, Sarajeanne Drillaud, Fabrice Gaillard, Martial Jacques, Clara-Monique Schetter et Delphine Simon.

La voix "accoucheuse", c'est celle de la grande de la Comédie-Française (elle ne sera jamais une ex), Catherine Hiégel (souvenir de "La vie est un long fleuve tranquille", où elle incarnait la sage-femme échangeuse de bébés ?)

La troupe est une vraie troupe, qui joue ensemble, aux membres qui se connaissent parfaitement. Les femmes sont belles, hyper-féminines - c'est bien un spectacle très contemporain - les hommes jouent leur rôle.

Il y a beaucoup de sens dans cette répétition de la vie. Beaucoup de folie. Et une frénésie, une envie de vive, de tuer ce qui est mort, de crever la poche d'eau. De naître. En jouant avec le temps. Et de faire du théâtre, de la représentation de la vie.

Vitale expérience.