Faut-il avoir peur de se perdre ?

Le livre de Tristan Gooley EST le bouquin à prendre sous le bras pour les vacances. Non, ce n’est pas un polar, encore moins un livre de SF… Encore que ! Ce que l’on nous apprend en est de l’ordre. Bizarre, même. Tellement nous avons perdu nos repères d’hommes et de femmes de la nature. Réapprendre à écouter le vent, à fixer la lune, à découvrir l’ombre, à scruter le mouvement de l’eau…

Oui, qui a envie aujourd’hui de se perdre ? Qui en a le courage ?

Cette drôle de question qui s’ancre dans l’enfance de chacun est aujourd’hui encore à l’ordre du jour. Il ne s’agit pas forcement de forêts sombres protégeant quelques lutins maléfiques, ni de déserts aux mirages fantasmagoriques mais tout simplement à cette orientation numérisée à laquelle nous confions aujourd’hui, presque les yeux fermés, notre destin de voyageur. 

Evacuer ce sentiment d’un autre âge !

L’insécurité du voyageur. Gommer cette peur que je ne saurai voir ! Où es-tu Ulysse ?

Vous savez, cette drôle de peur qu’on essaie par tous les moyens de contrôler et sécuriser, elle s’est évanouie avec les outils technologiques mises à notre disposition, laissant la place à une notion sécuritaire morne, diluée dans l’urgence de la destination.

Le monde est déduit à une cartographie numérique.

Que reste-t-il du sentiment humain ? De notre relation avec le temps, pas celui du travail, pas celui (contracté) du transport, non ! Mais du temps qui coule, le soleil, l'arbre qui écrit l’orientation, les nuages, l’importance du croissant de Lune… De l’ombre du Soleil. L’Humanoïde Technologique a oublié qu’il faisait partie d’un univers bien plus complexe qu’un "I Pad".

Tristan Gooley est un auteur anglais, explorateur et fondateur d’une école d’orientation sans instrument. Et son livre "La boussole naturelle" en est notre source. Il est indispensable, je me répète, mais il bon de s’en souvenir. C’est le livre de l’été.

Oubliez le GPS, le regard suffit à votre petit bonheur.

Et, oui. Aiguisez-le, comme un couteau de randonnée. Votre perception est aussi faite pour cela (on l’oublie trop souvent). Observer pour mieux s’orienter ! Comprendre au lieu d’exclure (c’est aussi cela l’orientation), un rapport à l’autre, à l’espace que l’on croit dominer pour éviter la peur. Celui qui dans les contes ouvre grand la boîte à fantasme.

De là à ce que ce bouquin, qui se lit comme un livre d’aventure, ne devienne "le" livre conservé après les vacances - cela existe aussi -, c’est possible et même souhaitable pour qu’il ne soit pas d’un best seller de plus. Il mérite votre attention.

Enivrant l’auteur, qui aux files des pages guide nos pas et tout ce qui va  à la rencontre d’un univers qu’on a laissé sur le bord de la route des technologies.

Rien ne remplace le plaisir du temps. C’est aussi cela. On apprend, comme dans une classe de découverte. N’ayez pas peur de redevenir un adulte sans prothèse. 

Livre à prendre sous le bras et à lire le nez au creux des arbres, le regard fixant les nuages, le reflet d’un lac. Le vent est aussi de la partie et loin d’avoir l’âme conquérant vous aurez le sentiment de partager le monde.

Naturellement nous ne sommes pas Cheyennes, ni Hopis, encore moins Aborigènes, nomades des sables, ou encore Touaregs et pourtant nous partageons avec nos frères de sang le regard. Même si nous avons perdu la connaissance animiste, il nous reste dans nos gènes cet instinct animal qui nous protège de l’absolu technologique.

Ce livre en est l’outil.